La Presse
27 mai 2004, cahier LP

Blanchet, Bruno

Ce n'est qu'un aloha

Déjà?

Quand j'ai décidé de participer à cette chronique, en septembre dernier, j'avais la ferme intention de l'écrire en respectant chaque fois la condition suivante: je ne devais jamais parler de moi. Je tenais mordicus à éviter de contribuer au syndrome du " moi moi moi je je je " qui nous pollue tant la vie et les médias.

Mais j'étais loin de me douter de tout ce qui allait m'arriver cette année. D'abord, mes spectaculaires 40 ans, et maintenant...

Vous permettez? Faut que je vous le dise.

Je pars. Un peu, beaucoup, énormément. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre? Ça fait deux mois que je braille à tout bout de champ.

Mon grand garçon est rendu en appartement et le simple fait d'aller dans son ex-chambre me remplissait les yeux de larmes. Je m'ennuyais comme un fou de voir son linge traîner à terre. Pis de m'enfarger dans ses running shoes. Pis d'y dire de les ramasser.

Faque... J'ai tout vendu. Tout donné. J'ai plus de maison, plus de voiture, plus de meubles. J'ai laissé le petit peu d'essentiel qu'il me restait dans un 5'x5' sur de Maisonneuve, coin Fullum. Cinq pieds carrés de souvenirs, d'archives et de photos. Et un manteau d'hiver. Des bottes. Un tableau. Le reste est dans un sac, sur mon dos. Première destination, les îles Fidji. Ensuite? On verra bien. Tonga, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande, Australie, Indonésie. J'ai jamais vu l'Asie. Je prendrai le temps. Je serai un escargot.

Je remets le compteur à zéro.

Ce n'est pas une blague. Au moment où vous lirez ces lignes, je serai probablement à l'aéroport de Dorval- mon vol est prévu à 11 h- en train de me demander si tout ça est une bonne idée. Mais je ne peux plus reculer.

C'est ça, la beauté.

J'ai intitulé mon périple La frousse autour du monde. Et je vous jure que vous allez en entendre parler. Parce que je vous emmène avec moi.

Et je crois qu'on ne va pas s'ennuyer! D'abord, exit Bruno, exit Piton, exit Mimo, exit Tite-Dent! Là-bas, personne ne me connaît, alors profitons-en!

Je m'appellerai Yvan, Manon ou Donald, je parlerai français avec un accent allemand, je serai architecte, avocat, cuisinier, pilote de stock car, pompier ridicule, chirurgien, j'emprunterai le rire de David, mon voisin, hi hi, je serai dur d'oreille ou daltonien, philatéliste, clown argentin, je danserai le tango, je jouerai du bouzouki, attention, je serai bruyant, j'aurai un tic, deux tics, trois tics, boum! je ferai du surf, j'aurai mal où je n'ai jamais eu mal, j'inventerai ma famille au Brésil, mon équipe de curling- deuxième au championnat du monde, je vous l'ai-tu dit?-, je serai président-directeur général d'une usine de boîtes de carton belge, j'aurai fait faillite, une dépression, je naviguerai sur le Prout à la recherche d'une aile d'avion, d'un thé étrange, d'un nid de coucou, d'un burger d'Hambourg, de moutarde ou de Dijon, je serai déjà venu, vidi, vici, avec Marie, la femme d'Arnold, je vous jure, je le connais, Paul Newman, il mesure quatre pieds, oui, je l'ai inventé, le Canada, non, je sais pas, j'ai fait Compostelle moi, Monsieur, et à reculons, jusqu'au Japon, j'ai vu la Vierge, elle parle grec, et je pense sincèrement qu'Elvis est vivant. Croyez-vous aux extraterrestres? Non? Voulez-vous voir ma soucoupe volante?

Ha. Le délire.

Je vais sérieusement m'amuser. J'aurai mille personnalités. Et j'attendrai vos "suggestions"!

À brunoenasie@hotmail.com. Ne vous gênez surtout pas pour m'écrire. Mais essayez quand même de faire léger, nous serons ainsi plus nombreux à pouvoir nous parler. Je crains que dans certains pays, le Net soit branché sur des écureuils. Le temps d'arriver, de me reposer un peu, et je vous réponds.

Vous pourrez ensuite lire le récit de mes péripéties dans La Presse- bien entendu!-, mais il y a plus: j'aurai avec moi une caméra, et un ordinateur portable (pour faire du montage), et mon plan serait de vous fabriquer, live, un DVD de l'aventure de La frousse autour du monde, chaque deux ou trois mois, selon les conditions. Quelque chose de crunchy. Pas de censure, pas d'intermédiaire, pas d'obligations de diffusion. De ma caméra, direct dans votre salon.

Je ne sais pas dans quelle galère je m'embarque, mais il me semble que ça doit être possible, de croire qu'on possède encore ce genre de "liberté d'expression".

Non?

Let's go! On va se la faire, notre télévision! Un mélange de trash-techno-punk-jackass-harrington-canal Évasion sur les champignons? Pas de problème! Un peu de poésie sous-marine pour Annie, de Repentigny? Avec plaisir!

C'est l'ère des communications. Communiquons! Nous avons un an pour se faire un trip de fou furieux. Êtes-vous game? Allez, on s'en reparle. Un avion nous attend...

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