Après avoir sauté une semaine, Bruno B. est de retour... sain (selon ses critères) et sauf!
Dans les îles Yasawa, sur la pointe nord de l'île de Nacula (prononcé Na-DOU-la), vit Ben. Prêtre catholique, il a 60 ans. Il est né à Naisisili. Et il veut mourir à Naisisili. Environ 70 personnes habitent dans ce koro, ce village. Il nous demande de l'appeler Ben, mais son véritable nom est quelque chose comme Bincacula. Les Fidjiens sont comme ça: ils font toujours en sorte qu'on se sente un peu plus à la maison.
Dans une chapelle grande comme une chambre de hockey, chaque dimanche, une vingtaine de Naisisiliens viennent se recueillir et écouter les sermons de Ben. Un tableau accroché au-dessus de la porte représente la Cène, et d'autres plus petits forment autour le chemin de croix.
Il me semble que j'oublie un détail...
Ah oui! Sur la croix, derrière l'autel, le petit Jésus est noir.
Ce matin, j'ai assisté à la messe qu'a donnée Ben. Par une température de 33 degrés, on s'est assis sur de vieilles chaises d'école primaire, au milieu d'une nuée de guêpes immenses- que je n'ai même pas besoin de vous décrire-, pour entendre la parole de Dieu. Ben a dû sonner la cloche trois fois pour que ses paroissiens accourent. Fidji time. Pieds nus, les habitants ont pris place sur le sol et, immédiatement, se sont mis à chanter. La beauté du chant m'a complètement bouleversé.
Après trois secondes, je me suis mis à pleurer. Une vraie fifure, vous direz. Eh oui. J'ai compris pourquoi, plus tard. C'est qu'en cet instant, au fond de mon ventre, ce voyage un peu fou, cette randonnée cinglée, se matérialisait soudainement. Tout devenait concret. Je ne m'étais jamais senti à la fois aussi " loin ", et aussi près de la Terre. Difficile à expliquer. Plein et vide à la fois.
Chose certaine, je n'étais plus du tout rue Saint-Hubert. J'étais un cliché. J'étais Robinson Crusoé.
Après la cérémonie, Ben nous invite, Jonas de Zurich et moi, à sa maison, où sa femme, Rosa, nous a préparé à déjeuner. Un toit de paille, quatre murs, deux portes, des tapis tressés posés sur le sol. Voilà. C'est la maison de Ben. Sa plus jeune fille, Samuela, six ans, est excitée de nous voir arriver. Elle se jette dans nos bras. Sans retenue. Nous faisons partie de la famille.
Après avoir mis la table, à même le sol, Rosa nous sert chacun un gros morceau de Yam, une espèce de pomme de terre, et de la pieuvre. Mélangée à de la soupe Ramen et du lait de coco, la pieuvre a l'air d'avoir été écrasée dans le fond du bol. Malgré son aspect horrible, le plat est délicieux. Le Suisse, dégoûté, passe son tour.
Les Suisses sont mounes.
Après le repas, nous passerons deux bonnes heures à discuter avec Ben. Il nous parlera de Noël, de la vie à Naisisili, de ses 60 ans au milieu du Pacifique.
Avant de se quitter, Ben me fait promettre de revenir passer un bout de temps au village, chez lui. Il m'enseignera à grimper les cocotiers, à pêcher la nuit au harpon et à la lanterne et à préparer le kava.
Wow.
J'ai déjà hâte.
Vous ne devinerez jamais sur quoi je suis tombé en faisant du snorkel pour la première fois. Vous vous souvenez, je vous en avais parlé précédemment... Non?
Mais oui! Un de ces redoutables serpents de mer, de plus de un mètre de long, rayé noir et brun. L'espèce la plus venimeuse. Et par à peu près deux mètres de fond. Dret' là. Sous mes pieds. Bravo Bruno! L'océan n'est pas assez grand? Écoutant sagement les conseils prodigués dans le guide de voyage, je suis demeuré immobile.
Le serpent aussi. Calvaire.
Les deux minutes les plus longues de ma vie. Où est le commandant Cousteau quand on en a besoin, hein?
À part quelques autres vieux comme moi, il n'y a ici que des voyageurs pubères à la recherche du meilleur endroit pour faire la fête. L'âge moyen des backpackers est d'à peu près 22 ans. Je me sens... dinosaure.
Susie, une psychiatre irlandaise, m'a assuré que la plupart des autres pays que je dois visiter (Vietnam, Laos, Cambodge, etc) ne sont pas " si tant " spring break que ça.
Fiou.
C'est pas que je ne vous aime pas, les jeunes, mais quand mon voisin de dortoir, Ian, un Anglais de 19 ans, trop saoul, s'est mis à pisser dans le coin à deux heures du matin, je me suis franchement demandé si j'étais au bon endroit au bon moment.
J'en suis à ma troisième semaine de douches à l'eau de pluie froide. Ça, c'est quand il y en a, de l'eau!
Et vous savez quoi? Étrangement, on s'y habitue. Comme la neige, j'imagine.
Shit. J'ai oublié de vous parler du Lagon Bleu. En deux mots, à part le fait que le meilleur bout de plage est privé, ça doit être un peu comme ça, le paradis. Enfin, je l'espère.
N'y manquerait qu'un choeur de chanteurs Fidjiens.
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