Dans le dernier épisode, Bill, Teri, et Bruno, sur un voilier, voient foncer sur eux une immense baleine et son baleineau. S'en sortiront-ils vivants?
Musique dramatique.
Il n'y a plus aucun doute. La baleine, accompagnée de son petit, a fait volte-face et fonce droit sur nous.
"Qu'est-ce qu'on fait?" hurle Teri.
"On s'accroche!" lui répond, Bill, solide.
J'empoigne la rambarde. La baleine continue de s'approcher dangereusement. Il est maintenant clair qu'elle est au moins deux fois plus grosse que le bateau.
"Holy f...", laisse échapper Bill, en constatant le volume du cétacé.
C'est complètement absurde, que je me dis. Je suis dans Moby Dick! J'ai les jointures blanches, tellement je serre fort le tuyau.
Teri s'enroule autour du mât.
La baleine n'est plus qu'à une dizaine de mètres du voilier. J'ai envie de fermer les yeux, mais le spectacle est trop impressionnant. Et j'ai toujours dit que je voulais mourir les yeux ouverts. Mourir dans mon sommeil? No way Jose!
La mort, je veux lui voir la face.
Mais j'étais loin de penser qu'elle avait une tête de poisson.
Plus que cinq mètres, ça y est, adieu veaux, vaches, cochons! Crash bing bang boum plouf! C'est l'heure de la grande conclusion!
Je serre les dents.
Un étrange silence marque l'impact. Puis, plutôt qu'une terrible secousse, aucun mouvement. Comme un arrêt dans le temps.
Faut croire que l'énorme gracieuse, bien qu'aussi grosse qu'une montagne, au dernier moment s'est retournée; et doucement, très doucement, elle se frotte maintenant le flanc sur la coque du Lady Lo II.
Sans un bruit, elle nous sert une immense caresse.
Étonnés, nous nous penchons tous par-dessus bord pour regarder le cétacé.
Juste à temps pour voir son visage émerger de l'eau.
Fantastique.
De sa bouche, je garde l'impression d'un large sourire. Son oeil, de la dimension d'un ballon de football, m'a laissé croire qu'elle voulait nous dire quelque chose. Puis, son évent, dans lequel j'aurais pu plonger, s'est ouvert, béant, pour laisser s'échapper un jet d'eau qui ressemblait plus à un soupir qu'à une fontaine; et avec sa queue, elle a semblé nous saluer, avant de replonger dans profondeurs de la mer. Le petit de la baleine, resté derrière, nous a jeté un bref coup d'oeil, coquin, et il a fait comme sa maman. Il est retourné au fond de l'océan.
Bill s'esclaffe.
"Well... She must have had an itch, boy!" - traduction libre: ça devait lui piquer dans le dos, garçon!-, qu'il me dit en rigolant.
Teri, rassurée, cherche un mot pour expliquer comment elle se sent.
"Incredible", qu'elle dit, tout simplement.
Oui. Incroyable. Elle a raison, Teri. Tout ça, c'est de la pure science-fiction.
Je ne saurais pas vous dire ce que j'ai vu dans l'oeil de la baleine cet après-midi, mais je l'ai aussi vu dans l'oeil de Bill, au souper. Plus tard, je l'ai perçu dans l'oeil de Teri sur le pont, au coucher du soleil. Puis dans le mien, devant le miroir, en me brossant les dents avant d'aller me coucher.
Et je crois que ça doit être quelque chose comme de l'humanité.
C'est décidé: à partir d'aujourd'hui, je ne mange plus de baleine.
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