La Presse
13 janvier 2005, cahier LP2

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 23

Des zoos et des hommes, première partie

D'aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours éprouvé une véritable passion pour les zoos. Dans la section " bons souvenirs " des images qui s'accumulent dans mon cerveau depuis 40 ans, entre celles où ma grand-maman Lucienne descend les escaliers pour me donner mon p'tit dix sous et le Dodge Polara brun de Clément mon père dans lequel on pouvait coucher à six, paissent les gorilles du zoo de Granby. J'ai jamais cherché à me l'expliquer, celle-là, mais peu importe où je me trouve, encore aujourd'hui, s'il y a un zoo, j'y cours.

Depuis le départ de la Frousse, je suis rendu à mon quatrième zoo. Cinq, si j'inclus Patpong, le quartier (très) chaud de Bangkok- où j'ai participé à un truc-chose-ouh-là-là hier soir dont je vous parlerai plus tard, si vous êtes gentils.

J'ai visité le premier à Auckland, en Nouvelle-Zélande. J'étais excité comme un enfant dans un Toys" r "Us juste à l'idée d'enfin voir des kiwis. Non! Pas le fruit, bande d'innocents! L'oiseau sans aile avec un long bec pointu et deux grandes cannes maigres. Vous savez, genre, comme... Comme qui ressemble à un kiwi finalement, et qu'on ne trouve qu'en Nouvelle-Zélande- de plus en plus rarement, car l'espèce est en voie d'extinction.

Mais à la cabane des kiwis, surprise! Oiseau nocturne, le kiwi est gardé dans le noir. Oy. C'est pas fort. On peut comprendre qu'ils veulent le protéger, les Néozélandoux, mais c'est parce qu'on aimerait ça le voir, et pas seulement savoir qu'il est là, tapi dans l'obscurité! Le reste n'est pas mieux. Alors à la maison, fermez les yeux et imaginez un kiwi qui " wi " ou qui fait autre chose, et hop! vous pouvez sauter par-dessus le zoo de Auckland et la ville aussi, tant qu'à y être, pis le pays, let's go, et aller directement au zoo d'Australie, à Brisbane.

L'Australie étant la terre de prédilection des bebittes venimeuses et des animaux dangereux, comme le crocodile, la vipère et le koala avec une grenade, je ne vous surprendrai pas en vous disant que le zoo leur est consacré, et- ça, je crois vous l'avoir dit dans une autre chronique mais je le répète, car je suis payé au mot- qu'il est tenu par Monsieur Danger lui-même: Steve " Crocodile Hunter ", dont j'ai oublié le nom de famille mais que vous connaissez sûrement pour l'avoir vu achaler des reptiles à la télévision ou dans son film pas bon. Malheureusement, ce jour-là, Steve " Coclown " Hunter était absent; paraît qu'il était parti écoeurer des dragons du Komodo avec une branche. Un de ses assistants s'est chargé du spectacle, qui consiste à taper sur les nerfs d'un crocodile jusqu'à temps qu'il veuille te mordre. Maudit sans dessein.

La vraie bonne raison d'aller au zoo d'Australie a 175 ans, et c'est le plus vieil animal en captivité: une tortue géante, capturée par Charles Darwin. LE Charles Darwin. Oui, je sais, c'est difficile à imaginer! Une chance que, sur sa coquille, Charles a gravé avec une clef les mots "CHARLIE D. WAS HERE, 5-11-1830". Le documentaire parodique sur la vie de Steve " Coucoune " Hunter, présenté au théâtre du zoo, vaut aussi le détour. À hurler de rire. On y apprend que son crocodile favori est une femelle qui s'appelle Paula; qu'il a fait une dépression nerveuse quand son chien Miki est mort et qu'il a retrouvé le goût de vivre trois mois plus tard, quand sa femme a accouché d'une petite fille, qu'ils ont aussitôt baptisée Miki-Paula. Deux beaux tatas. Oups, 600 mots. La semaine prochaine, Singapour, la belle et Bangkok, le choc.

P.S.: Il n'est pas trop tard pour donner de l'argent aux victimes du tsunami. Merci

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