La Presse
20 janvier 2005, cahier LP2

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 24

Des zoos et des hommes, deuxième partie

Quand on parle "zoo", "zoo "sérieusement, "zoo" comme dans "Zoo", avec une majuscule, pas juste "zoo" comme dans "Ze vais zau zoo avec Zozée", donc, dis-je: quand on parle "Zoo", Singapour et Bangkok sont comme... le jour et la nuit.

"Le zour et la nuit?" dit l'espiègle Toto, ébloui par tant de poésie. "Oui, le jour et la nuit, petit. Au sens propre comme au sens figuré." Toto est épaté. J'en remets. "Va chercher tes amis, je vais leur raconter la plus belle histoire de zoo du monde..."

"Mes amis Zilles et Cherze?" demande encore Toto, tout étonné. "Z'va les seurser!"

Ah. Toto, Toto, Toto. Qu'est-ce qu'on ferait sans lui?

Il était une fois un lion. Le lion vivait dans une plaine. Il était malheureux parce qu'il n'avait rien à manger. Après, il y a des chasseurs qui l'ont attrapé. Et ils l'ont placé au zoo de Saint-Gapour (ne pas confondre avec Saint-Félicien). Et là, le lion, il mange tous les jours et il a une blonde, une lionne, et quand il fait chaud, il se couche à l'ombre. Et il y a des fois des gens qui le regardent de loin. Fin.

"C'est plate, ton histoire", dit Serge, le plus morveux des trois. Je ravale et je garde mon calme. "Tu as raison, Serge, mais elle n'est pas terminée. Et sache qu'il y a des leçons "l'fun" à tirer des affaires "plates", même des affaires "plates", et surtout des affaires "plates"; parce que les affaires " l'fun ", c'est plate quand vient le temps d'en tirer des leçons "plates l'fun"; parce que pour qu'une leçon soit "l'fun", faut qu'elle soit "plate": être "plate", c'est le "propre" d'une leçon "l'fun"", que je lui lance d'un trait, sans respirer, en faisant plein de signes de guillemets avec mes doigts, pour être bien certain qu'il ne comprenne rien et me laisse poursuivre mon histoire.

Alors. Il était une fois un lion. Le lion vivait dans une plaine. Il était malheureux parce qu'il n'avait rien à manger. Après, il y a des chasseurs qui l'ont attrapé. Et ils l'ont placé au Dusit Zoo de Bangkok. Et là, le lion mangeait chaque jour, mais il se faisait lancer des pinottes par des enfants debout sur sa cage pendant qu'au comptoir Pepsi, à côté, la musique techno jouait full blast toute la journée et, quand il faisait chaud, il fallait qu'il se mette en petite boule sur du ciment dans deux pieds carrés et là, le lion est devenu fou, et il s'est mis à grogner après les gens qui lui lançaient des pinottes, et les gens ont trouvé ça cool et ils se sont mis à lui lancer deux fois plus de pinottes. Fin.

"Wow, ça doit être cool de lancer des pinottes à un lion", laisse échapper Gilles, l'air malin. Serge rigole.

"Ouain, mais c'est pas zentil! proteste Toto. Il faut touzours défendre les zanimaux! "qu'il ajoute." Ouain, mais si ton lion, ils l'avaient pas attrapé, les chasseurs, pour le mettre au zoo, il serait mort! Tsé, c'est quoi qui est mieux? Se faire lancer des pinottes ou mourir?" jette Serge, allumé, avant d'ajouter: "Fuck les lions!"

C'est là que Toto a poussé Serge et que Zilles a frappé Toto et a brisé ses lunettes.

Voilà. Le débat est lancé. Se faire lancer des pinottes ou mourir. Résultat du sondage dans trois semaines. En attendant, les enfants, dans vos chambres! Parce que le vrai zoo, à Bangkok, c'est Patpong, la nuit. Et cette histoire "juste pour les grands" sera présentée exclusivement dans le cahier LP2 de La Presse.

Dans zusse sept dodos.

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