La Presse
3 février 2005, cahier LP2

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 26

Une nuit, le zoo

Bar le Pussy Pussy Pussy, Phat Phong (ou Patpong (ou Pattpong)), Bangkok. Une toune disco des années 70: That's the way, han han han han, I like it, han han han han. La première "performeuse" s'avance, se dandine, se dandine, se dandine, se dandine, se plie, se courbe, se dandine, se dandine, se dandine, se tord, puis s'assied par terre. Elle s'écarte (devant moi, évidemment) et place une cigarette entre ses lèvres en me regardant dans les yeux. Je rougis. Elle l'allume. Puis, elle la retire de sa bouche (non mais, vous pensiez que...?) et c'est là, là, qu'elle fait avec la cigarette l'affaire que vous pensez. Et ça fait de la boucane.

Applaudissements.

Je ris quand je pense que j'ai arrêté de fumer en suçant des pastilles et en mâchant de la Nicorette. Judith, peu impressionnée par la performance, nous explique quelque chose par rapport aux muscles et à l'entraînement nécessaire pour arriver à faire de la fumée avec son petit trésor- si on suivait sa logique (logique), il serait possible, en modifiant légèrement la recette, de faire la même chose avec son péteux-, et son chum Serge, non-fumeur sérieux, la fait jurer de ne jamais commencer à fumer. Ça devient absurde. Et ça ne fait que commencer.

Sur l'air de Happy Birthday version house, une autre " artiste ", plus petite que l'autre mais l'air tout aussi déterminé, s'avance, se dandine, se dandine, se plie, se courbe, se dandine, se dandine, se dandine, se tord, s'assied par terre, se dandine assise, puis retire la ficelle qui lui servait de culotte et place ses jambes derrière sa tête pendant qu'on dépose un gâteau d'anniversaire devant elle. Je compte une dizaine de bougies allumées. Elles étaient éteintes avant la fin de la chanson. Applaudissements ahuris.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à penser à Zamfir. Que je me suis dit qu'il y avait peut-être une solution de rechange. Que tout n'était pas perdu. Et là, pendant que je rêvais à des jours meilleurs, une fille m'a pris par la main. Et devinez quoi? Oui, elle m'a fait grimper sur la scène. Fa que... On parle-tu d'autre chose? Comment ça va chez vous? Le ski est-ti pas pire cette année? O.K., O.K.

Et là, la fille m'a demandé de gonfler un condom. Ha ha ha, tout le monde s'est payé ma tête, mais j'ai finalement réussi à gonfler la capote lubrifiée et à faire un noeud dedans. Applaudissements. Elle m'a demandé "please" de tenir le ballon improvisé au bout de mon bras, à trois pieds du sol, devant le mur du fond. "Please." Elle s'est couchée devant moi, à au moins deux mètres de distance; elle a glissé une espèce de grosse paille dans son intimité (j'ai pensé à Kenny G.), y a introduit un dard, et... paf! La capote a explosé.

Applaudissements nourris.

Pour me remercier d'avoir participé au spectacle, une autre "performeuse" s'est alors placé un crayon feutre au même endroit où toutes les autres se mettent toutes sortes d'autres choses et m'a écrit le petit mot que vous voyez sur la photo. Good luck Bruno. Ouf!

Je ne sais pas quoi penser de cette soirée. Mais une chose est sûre: il n'y a aucune morale à cette histoire.

Retour