Le Myanmar, c'est le royaume de la débrouille. Longtemps complètement isolés du monde, les Myanamartiens ont appris à faire sans stylo, sans rasoir ou crème à barbe; en fait, sans "tout ce qui n'était pas produit au pays"! Sur le marché noir, ici, il y a un marché noir.
Le taux de change officiel, pour un dollar US, est de 6 kyats. Le taux officieusement officiel est à 450 kyats pour un dollar. Le taux officieux officieusement officiel- celui de la rue- est à 900 pour un. Il n'y a aucun guichet automatique, personne n'accepte les cartes de crédit ni les chèques de voyage.
Le service de téléphone public est fourni par des habitants qui sortent l'appareil de chez eux et s'installent toute la journée sur une petite table au bord de la rue. Et ça fonctionne! Mais il faut faire attention de ne pas s'enfarger dans le fil sur le trottoir. Les téléphones cellulaires sont rares, chers et réservés à la classe supérieure, qu'on appelle les "Gros Myanmardeux" (à l'opposé du reste de la population, qui ne sont que des "petits Myanmariens" du tout).
Ici, moins de trois passagers sur une moto est considéré comme du gaspillage, les volants des voitures sont à droite alors que la conduite est à droite (allez comprendre) et les autobus partent quand ils sont pleins: c'est-à-dire quand il n'y a plus de place sur le toit.
Souvent, partout au Myanmar, l'électricité est coupée. Hop! Comme ça, sans avertissement. Ensuite? Dix mille Myanmariens (comme dans Robert) sortent en gueulant et dix mille génératrices partent en même temps. Un fabuleux concert de musique industrielle! On dirait du vieux Einsturzende Neubauten.
En terme de qualité, la télévision myanmarde est la pire chose après la télé-réalité (à ce sujet, j'ai entendu dire que Jacynthe et Anne-Marie étaient extraordinaires, c'est vrai?), mais heureusement, de nombreux établissements possèdent une antenne satellite et les habitants ont ainsi droit, comme le reste du monde, à la Culture avec un Cul majuscule: HBO.
Internet existe, même si, pour une raison obscure, l'accès à Hotmail et Yahoo est interdit. Contrôle d'État! (à dire avec une grosse voix en fronçant les sourcils). On peut envoyer des messages grâce à un service de messagerie national- si vous me lisez, c'est que ça marche-, mais la rumeur veut que les courriels soient souvent interceptés...
Il n'existe pas de mot myanmartin (comme dans Paul) pour traduire le mot "sexe"! Pourtant, il y a ici des tonnes d'enfants. Au lieu d'en parler, ils le font?
La mode au Myanmar? Les femmes se barbouillent le visage avec une pâte jaunâtre, le tanaka (je l'écris comme ça se prononce), une pâte qu'elles préparent en frottant un bout de bois sur une meule, puis en mélangeant la poudre obtenue avec de l'eau. Il parait que ça les protège du soleil et que ça adoucit la peau. Certaines se l'appliquent soigneusement- comme un maquillage-, en accentuant la beauté des traits du visage; d'autres s'en mettent tellement épais qu'on se croirait dans le film Le retour des Myanmorts vivants. Ce sont celles que je préfère. Les hommes portent la jupe longue, le longyi (je l'écris comme ça s'écrit), une espèce de grande taie d'oreiller ouverte aux deux bouts: ça a l'air le fun- ils rient beaucoup- et ils ont les dents rouges. Rouges rouges rouges! C'est que, trop pauvres pour fumer, ils mâchent des noix de Bétel (je l'écris comme j'en ai envie), et ça tache les dents. Sinon, en général, les gens ne frisent pas beaucoup.
Un peu partout, de grandes affiches à la Big Brother rappellent au peuple qu'ils sont soumis à un régime militaire, et que les éléments perturbateurs seront anéantis, rien de moins! " We will crush the enemy ", disent les menaçantes pancartes couleur sang...
C'est ici que je tousse dans ma main et que je me relis discrètement avant de conclure: J'adore le Myanmar?
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