La Presse
24 mars 2005, cahier LP2

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 32

Laos sur la montagne

À Phonsavan, dans la province du Xiang Khouang, au Laos, le mobilier du bureau de Kham My, sympathique agent de voyage et guide, est fait de missiles, d'obus de mortier et de bombes de toutes dimensions.

Comment s'est-il procuré un tel arsenal? Facile. Ici, il n'y a qu'à se pencher...

Entre 1964 et 1973, les États-Unis ont attaqué sans relâche (et en secret) les montagnes du Laos- où ils croyaient pouvoir établir une base pour ravitailler leurs troupes au Vietnam-, et ils en on fait, par personne, le pays le plus bombardé du monde.

Au total, plus de deux millions de tonnes de bombes (500 kilos par habitant!) ou l'équivalent d'un B-52 qui larguerait sa cargaison toutes les huit minutes, 24 heures par jour, pendant neuf ans. Les cibles?

Des champs. Des plaines. Des montagnes. Des villages. Des paysans.

Kham My se souvient du grondement des moteurs, des cris de son père- "cachez-vous, les enfants!"- et des courses jusqu'au bunker de fortune, avec sa petite soeur. Puis des explosions, et du sol qui tremble. Et de sa maison qui brûle. Avec sa mère dedans.

Heureusement, les cow-boys n'ont pas tout détruit, et réside ici un des grands mystères archéologiques de la planète: les plaines de jarres.

(Musique du film L'Exorciste)

Au milieu d'innombrables cratères qui témoignent de l'attaque insensée de l'Oncle Sam, ont survécu des centaines de jarres (comme sur la photo) datant de l'âge de fer. Les plus grosses d'une hauteur de deux mètres et pesant plus de 10 tonnes.

À quoi servaient-elles? D'ou viennent-elles? Qui les a posées là?

Kham My raconte qu'une croyance populaire au Laos veut que les jarres aient été construites sur l'ordre d'un roi (dont le nom m'échappe, vous vous en doutez bien) afin d'y faire fermenter le whisky local, le lao-lao (un tord-boyaux à base de riz absolument imbuvable), pour une grande célébration en son honneur. Un méchant paquet de troubles pour virer une brosse.

Mais des archéologues français ont découvert, en creusant sous les jarres, d'autres jarres plus petites. Comme des poupées russes. Petites jarres dans lesquelles ils ont trouvé des bijoux et d'autres artefacts qui leur font croire que les jarres devaient servir d'urnes funéraires.

D'accord. Peut-être... Mais il reste que les jarres, très lourdes et extrêmement fragiles, on les trouve au sommet de collines où il n'y a pas pierre qui vive! Ah ah! La montagne la plus proche, située à des kilomètres, serait l'unique source de matériau pour bâtir de tels "contenants". Comment ont-ils (elles) transporté ces immenses pots sur cette trop grande distance? Est-ce qu'on parle d'une civilisation disparue de géants ou de madames Tupperware avec des crucifix de gros bras?

"Mesdames, cette semaine en spécial, j'ai des pots en granit avec le couvercle assorti, vous pouvez mettre dedans jusqu'à trois morts, deux gros un petit..."

- Ooooh!

- ... ou encore préparer 150 litres de whisky et faire trois brassées de lavage!

- Ouh!... J'en veux deux!... On peut-tu l'avoir en vieux rose?"

Parce que je vous rappelle qu'on ne connaît toujours pas les auteurs de cette oeuvre de land art à la Christo.

Autrement dit, le mystère reste complet. Ce qui rend le travail du guide passablement difficile!

Alors que Kham My se perd en conjectures et en suppositions, j'ai une révélation. Je regarde la montagne au loin, je calcule la distance à parcourir, j'y ajoute l'élévation de la colline, que je multiplie par le poids des jarres et j'ai la solution! Facile! Suffisait d'avoir un peu de bon sens.

Ce sont les extraterrestres. C'est évident.

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