Comme Québec, Luang Prabang, au Laos, a été décorée du titre "ville du Patrimoine mondial" de l'UNESCO. C'est qu'elle a du charme, la Luang Prabang! Dominée par le Phou Si, la colline sacrée, bordée d'un côté par le fleuve Mékong et de l'autre par la rivière Nam Khan, elle a gardé le meilleur de la culture française du temps de la colonisation: l'architecture, le bon pain et le café digne de ce nom. Malheureusement, il y a trop de touristes- ce qui me fait réaliser que j'en suis un et ça m'énarve!- et l'accueil des Laotiens n'est pas aussi chaleureux qu'ailleurs au pays. Ça se comprend: nous sommes rue Saint-Denis. Consommation! Resto, boutique, resto, boutique, resto. Mais une rencontre inattendue m'a fait comprendre que si j'y passais un peu plus de temps- et que je cessais de bâtir des murs de préjugés à chacune de mes premières impressions-, peut-être que je découvrirais une autre facette de cette ville finalement fort charmante...
Au restaurant, je tombe sur Marteen, un Hollandais tripeux (il fait partie de l'équipe de tournée du groupe The Residents) que j'ai croisé plus tôt à Vientiane. Il est ici depuis quelques jours et m'apprend qu'à Luang Prabang, le soir, les backpackers branchés se donnent rendez-vous au bar le Hive. Paraît que la musique est pas mal. Nous décidons d'aller y faire un tour.
Au bar, surprise! Le serveur (du Laos) m'offre deux shooters de tequila en me demandant si je viens du Québec. Je lui réponds par l'affirmative. Il me dit que c'est le patron qui me les offre. Marteen, qui n'a aucune idée de ce que je fais dans la vie, n'y comprend rien. Moi non plus! Jusqu'à ce que je voie la tête du patron...
"Salut Tite-Dent! Bienvenue dans mon bar!"
Le boss s'appelle Simon Côté. Il a 26 ans. Il vient de... Chicoutimi! "Qu'est-ce que tu fais ici, mon homme? Long way from home!" Simon me raconte... Il était une fois, il y a quatre ans, une jeune femme de Chicoutimi, Isabelle Dréan, qui est tombée amoureuse de la ville de Luang Prabang. Afin de faire durer le plaisir, elle s'est loué un espace commercial et a démarré une petite entreprise de vente et d'échange de livres, avec une centaine de bouquins glanés ici et là, plus une table et deux chaises.
L'idée était bien bonne. Les livres sont chers en Asie, et ces boutiques d'échange sont fort populaires. Mais Isabelle était loin de se douter de ce qui allait lui arriver ensuite...
Quelques mois plus tard, de passage à Chicou pour un mariage, elle rencontre Simon. Coup de foudre. Et trois jours plus tard, coup de théâtre! Simon, qui ignorait où se trouvait le Laos 72 heures plus tôt, décide de faire ses valises et de suivre sa belle à l'aventure. Aujourd'hui, parents d'une mignonne blondinette prénommée Milan (qui, à 2 ans, parle et comprend le français, l'anglais et le laotien!), Simon et Isabelle sont propriétaires du café-librairie L'Étranger- qui occupe maintenant deux étages-, du bar le Hive- rempli à capacité chaque soir-, et ils viennent de faire l'acquisition d'un joli petit restaurant au bord de la rivière.
Simon me fait faire le tour de la ville à bord de son vieux Jeep rafistolé et, franchement, il n'a pas à faire beaucoup d'efforts pour me transmettre son amour contagieux pour Luang Prabang. En dehors du circuit touristique, l'endroit est magnifique, et les habitants souriants comme dans le reste du pays. Tout le monde lui envoie la main.
Je le traite de star. Il trouve ça drôle.
"Mais t'as pas eu peur de partir, il y a quatre ans, Simon?", que je lui demande, full journaliste.
"Bof, je n'avais rien à perdre. J'avais un billet de retour!" qu'il me répond en riant, le modeste bleuet.
Peut-être que c'est vrai. Peut-être qu'il n'avait rien à perdre. Mais sa blonde et lui ont quand même tout gagné.
Chapeau, les amis.
Phop kan mai.
Simon et Isabelle ont toujours besoin de livres (en français et en anglais) à offrir aux Laotiens. Une bonne cause, qui aidera les gens de là-bas à s'ouvrir sur le monde. Leur adresse: PO Box 148, Luang Prabang, Laos 06000. Leur courriel: booksinlaos@yahoo.com
Retour