Bangkok - L'HUMORISTE BRUNO BLANCHET FAIT LE TOUR DU MONDE DEPUIS UN AN ET NOUS LIVRE CHAQUE SEMAINE, DANS LP2, SES OBSERVATIONS SOUVENT TRÈS DRÔLES, PARFOIS TOUCHANTES, TOUJOURS PERTINENTES SUR SES NOMBREUSES DÉCOUVERTES. CETTE SEMAINE, IL EST À BANGKOK, OÙ A LIEU LE CONCOURS DE MISS UNIVERS, UN CARNAVAL BIEN PARTICULIER. IL A ACCEPTÉ DE TOUT RACONTER AUX LECTEURS D'ACTUEL.
Natalie Glegova a 23 ans, elle est née à Tuapse, au bord de la mer Noire, en Russie, et elle habite Toronto depuis l'âge de 12 ans.
Elle est bachelière en commerce de l'Université Ryerson. Pianiste classique, elle compose ses propres chansons. Elle a aussi gagné des compétitions régionales de gymnastique.
Son mets canadien favori est le fameux Canadian Breakfast : deux oeufs bacon avec un side order de crêpes au sirop d'érable.
À 5 pieds 11 pouces, Natalie Glegova, beauté classique au sourire d'enfer, fait une impression du tonnerre sur les journalistes et les experts réunis à Bangkok depuis 12 jours. Ils sont littéralement tombés amoureux d'elle. Ce qui me fait une belle jambe! Dans le cercle des journalistes, chaque fois qu'on apprend que je viens du Canada, on me félicite. 'Bravo' qu'on me dit chaleureusement. 'Merci' que je leur réponds, pas du tout gêné par le compliment. Non mais, avouez, c'est vrai que Natalie et moi, on a un petit air de famille : même ses cheveux ressemblent à ma perruque de Lara Fabian. Ouh ah!
Pendant le dernier 'round robin' - une rencontre avec la presse et les médias électroniques où les Miss sont au centre d'un grand cercle et les journalistes autour se battent - je n'ai eu le temps de lui poser qu'une seule question. O.K., j'avoue que je ne suis pas très agressif, que j'aurais du lui sauter dessus en l'apercevant et puncher Novan, le journaliste du Jakarta Post qui s'était précipité sur elle.
J'avoue qu'après, j'aurais peut-être dû passer moins de temps avec Miss Éthiopie, Atetegeb Tesfaye Worku (juste écrire son nom m'a pris cinq minutes), et avec la pauvre petite Miss China épuisée, qui ne parle pas anglais, et qui m'a baragouiné un tas de trucs incompréhensibles en 'chinglish' pour finalement me dire : 'I want to sleep.' Mais le fait est que notre Miss Canada est passée systématiquement d'un reporter à l'autre, sans s'arrêter une seconde pour respirer.
Et quand je l'ai enfin eue devant moi, elle m'a littéralement assommé avec son sourire dévastateur. Paf! Dans les dents! Tout ce que j'ai trouvé à lui demander, en bégayant : 'Eh, Natalie, eh...Qu'est-ce que vous mangez avant la compétition?'
'Nothing', qu'elle m'a répondu en riant.
Et quand je lui ai dit que j'étais du Québec, elle a ajouté 'Merci!', avant de se faire tirer hors de l'arène par Justin, le gentil organisateur.
Pensez-vous que je devrais animer le prochain débat des chefs?
Quoi qu'il en soit, Miss Canada, 'notre' Miss Canada, a de très très bonnes chances de l'emporter. Elle est au 'numéro un' sur la plupart des classements Internet. La seule chose qu'on lui reproche, de facon presque unanime, c'est d'être trop parfaite.
Moi (moi moi moi je je je), après l'avoir vue en robe de soirée, en bikini et en vraie, il n'y a qu'une seule chose qui m'inquiète: l'épreuve du "Costume national", segment de la compétition où chacune des Miss devra porter un costume qui représente son pays. On peut très bien imaginer les costumes de toutes les Miss Exotiques de ce monde, car pour elles, c'est super facile: à la limite, une Miss Trinité-et-Tobago apparaîtrait en string avec deux noix de coco, et ça ferait le boulot. Mais pour Miss Canada, que croyez-vous que ce sera, le "costume" national? Hmmm. Habillée en set carré, avec un chapeau de castor, des mitaines, et une ceinture fléchée? Habillée en Bryan Adams? Ou en Shehaweh?
Mesdames et messieurs, attachez vos tuques, ce ne sera rien de tout cela: elle portera une création d'un designer de Colombie (!), Miguel De La Torre, qui, pour le design du vêtement, s'est inspiré des... chutes du Niagara. La robe s'appelle "Le Gardien des Chutes". Ouille. Vous avez bien lu. Je le repète au cas où: Miss Canada portera "Le Gardien des Chutes", robe inspirée des chutes du Niagara. Inquiétant? En effet. Mais ça aurait pu être pire. Le designer colombien aurait pu s'inspirer du rocher Percé.
"Crois en toi et tu peux faire n'importe quoi" est la devise de Natalie. Moi je dis, "pousse pas ta luck, Miss Canada". Et quoi qu'il advienne, "Natalie Glebova, que la force soit avec toi. I love you."
Bangkok, Thaïlande - Cette semaine, à Bangkok et ailleurs au pays, se déroulait le 'Visakha Bucha' : une semaine entière consacrée à l'enseignement du bouddhisme, à la méditation et au recueillement. On estime qu'à la fin de la semaine, plus de 30 000 jeunes auront appris les principes de base du bouddhisme et recevront un diplôme attestant de leur nouvelle formation religieuse. Le dimanche, jour du Wan Visakha Bucha, on célèbre la fête la plus importante du monde bouddhiste : la naissance, l'illumination et le passage de Bouddha.
Donc, cette semaine, quand 81 des plus belles jeunes femmes du monde entier ont posé pour la presse en bikini léopard sexy devant le Wat Arun, un des temples bouddhiques les plus célèbres de la planète, ai-je besoin de vous dire que Bouddha a fait un méchant saut?
'Wo! Quesse ca!', qu'on l'aurait entendu dire, vers quatre heures, quatre heures et quart. Ça a effectivement fait friser quelques moines. Et ça a un peu irrité la population en général. Comme quoi la notion de 'beauté' n'est pas aussi universelle qu'on voudrait le croire chez Miss Universe Organization, le MUO, propriété de Donald J.Trump et de NBC.
Afin d'apaiser les tensions, le premier ministre Thaksin s'est excusé au nom de Miss Univers, et a promis que tout ça sera coupé au montage. Puis il a appelé les Thaïlandais à faire preuve d'ouverture et de patience : car ils ont beaucoup à y gagner au change.
Gros cash
La Thaïlande, qui dépense 265 millions de bahts (environ 9 millions de dollars) pour organiser l'événement, espère pouvoir en retirer 3,2 milliards (plein d'argent) en revenus directs et indirects. Qu'est-ce qu'un revenu indirect? Une occasion idéale de remettre la Thaïlande sur la mappe des destinations touristiques 'top-class' après le tsunami du 26 décembre 2004, croit le ministre du Tourisme et des Sports Somsak Thepsuthin, qui est reconnu pour avoir plus d'un tour dans Somsak (Sol, sors de ce corps!).
À la télé, le 31 mai, sur NBC, on évalue le potentiel de l'auditoire à 1 milliard de personnes. En attendant, depuis le 13 mai, il n'y a qu'un tout petit groupe de journalistes de la presse et de la télé qui sont autorisés à suivre les 81 'déléguées' ('delegates' en anglais : plus politically correct que ça, tu meurs) dans leurs activités quotidiennes, c'est-à-dire 'session de photo en petit minikini sur le bord de la piscine' le matin, et autres expériences 'éprouvantes' le restant de la journée. Un groupe de chanceux qui, en plus, se fait payer la traite à la journée longue au free sushi et à la bière Singha, commanditaire de l'événement.
Moi, Bruno Blanchet, clown insignifiant, faux mime etc, de Fabreville, Laval, Québec, je fais partie de ce groupe. Comme quoi, rien n'est impossible.
"Rien n'est impossible, tout n'est que défi." Helene Traasavik, Miss Norvège.
Je savais que j'avais pris ça quelque part... Bon. J'imagine que vous voulez savoir à quoi ca ressemble, suivre les Miss au quotidien? Je serai franc.
C'est un paquet de troubles! Premièrement parce qu'elles bougent énormement, partout en Thaïlande (30 provinces en 18 jours!), et rien qu'à Bangkok, il faut calculer une heure et demie du point A au point B. Le seul moyen de tenir le rythme, c'est de les poursuivre en moto-taxi, avec Evel Knievel sur l'acide comme pilote.
Deuxièment, parce que la sécurité est peut-être un peu... exagérée. À part des détails comme "vitres pare-balles et tireurs d'élite", peu de choses distinguent les mesures de sécurité qui les entourent de celles de chefs d'État, dixit un policier qui préfère garder l'anonymat. C'est du sérieux! Le cortège d'autobus est escorté en permanence par la police et essayer de s'approcher des filles en public, c'est se magasiner un bon coup de matraque.
Mais suivre ce beau cirque, c'est aussi beaucoup de plaisir. Un plaisir d'une nature insoupçonnée.
Savez-vous la différence entre Miss Monde et Miss Univers? Miss Univers, elle, elle a le droit d'aller faire des compétitions sur d'autres planètes.
Comment choisir entre 81 beautés de 81 pays différents, toutes caractéristiques ethniques confondues, toutes répondant à des critères nationaux différents, quand, en plus, cette année, Miss Danemark est moitié indienne, Miss Norvège mi-thaïlandaise, Miss Pays-Bas moitié indonésienne, Miss Allemagne turque et Miss Canada russe?
On élimine toutes celles qui ne parlent pas assez bien l'anglais, les trop fragiles, les trop petites, et les trop jeunes. Et parce que le concours se déroule en Asie, historiquement, ça signifie malheureusement qu'il y a peu de chances qu'une jeune femme à la peau foncée fasse mieux qu'une semi-finale. Je sais, ça fait l'effet d'un feedback, mais c'est comme ça.
Déjà, un peloton de tête s'est détaché (parfois, dans la salle de presse, j'écoute jaser à propos des filles et j'ai l'impression que l'on discute de chevaux de course), et ça signifie que pour les trois quarts des Miss, le concours est terminé. Et elles le savent! Ce sont celles qui ont l'air d'avoir le plus de plaisir. Les autres sont focusées. Agressives. Affamées. Grrr!
Voici les Top
1- Miss Porto Rico, Cynthia Olavarria, une célibataire qui préfère les hommes aux cheveux longs, grands, avec un bon sens de l'humour (je lui ai refilé votre numéro, les Denis Drolet). C'est une pro. À Porto Rico, on étudie le "Missage" à l'école, et Cynthia, elle, est première de classe.
2- Miss Norvège, Helene Traasavik, dont la maman est de Thaïlande, et qui n'en est pas à sa première visite au pays. C'est la "19e fois que je viens à Bangkok", qu'elle m'a dit. (19. Pas 18. Ni 20. 19. Admirez la précision.)
Mais c'est la première fois qu'elle... y signe des autographes! Les Thaïlandais(es) capotent dessus, les reporters de la presse locale se l'arrachent, des étrangers lui envoient des lettres d'amour, on lui écrit des poèmes. Elle devrait profiter de toute cette attention, car les gens appelés à faire la couverture de l'événement n'en ont pas épais à se mettre sous la dent et, chaque fois qu'il y a un poil de travers ou une particularité, on beurre épais dans le journal.
3- Dans le même genre, Miss Indonésie, Artika Sari Devi, a suscité la controverse dans son pays (Indonésie égale pays musulman égale "pas de bikini"), et quand ça a éclaté, elle est grimpée au classement comme une fusée. Une percée fort méritée si vous voulez mon avis. Même si elle a choisi le costume de bain "une-pièce", elle pourrait surprendre.
4- Une autre? Miss Lettonie, Ieva Kokorevica. C'est la première participation du pays au concours et, à cause de ce fait "historique", Ieva profite aussi du "buzz" créé par les médias. Une jolie blonde, un peu timide, presque effacée. N'oublions pas que Miss Univers sert aussi de conte de fées.
5- Puis il y a Miss Inde, Amrita Thappar, originaire de Pune (dites-le comme il s'écrit, vous allez voir, c'est drôle), qui m'appelle par mon petit nom ("Hello Bruno! Nice to see you!", qu'elle m'a dit ce matin avant de monter dans l'autobus), et qui est une femme brillante, spontanée, allumée. Je sais, je vous en ai déjà parlé. Mais je m'en lasse pas. (Sur l'air de "Marina") Amrrrrita, aqua Amrrrita!
6- À part ca? Miss Éthiopie (ayayaye), Miss Antigua Barbado (mucho!), Miss Islande (à surveiller!), Miss Grèce (une déesse), Miss Venezuela (ouf!), Miss Afrique du Sud (un monument!), et la gagnante est... (roulement de tambour) Natalie Glegova, Miss Canada!
Deux jours plus tard. Le réveil sonne. 7 h. Je me réveille péniblement, un peu "lendemain de veille". C'était le Miss Universe Beach Party à Phuket hier, et mon avion en retard a atterri a Bangkok à 2 h du matin. Mais, malgré le mal de bloc et la gueule de bois, je suis excité. Ce matin, les journalistes, après 10 jours à leur tourner autour, vont enfin pouvoir rencontrer les Miss, et prendre le temps leur parler.
(Oh, vous voulez que je vous parle du Beach Party? Il y avait la mer, le soleil, un buffet extraordinaire, un bar ouvert, et pendant deux heures, j'ai dansé en bedaine au milieu des 81 miss en bikini. S'il existe un paradis, Dieu, faites qu'il soit ainsi, Amen.)
La seule question, donc, qui me vient à l'esprit est: à quoi ca sert, une Miss Univers?
Voyons le programme. Conditions pour participer et devenir Miss Univers: avoir entre 18 et 27 ans, avoir gagné le concours Miss Univers dans son pays, ne jamais avoir eu d'enfant, ne pas être enceinte, et être célibataire: pas simplement de n'avoir jamais été mariée, non! Cé-li-ba-taire! "Single", comme les tranches de fromage. Et le demeurer toute l'année. Pas de chance, les mecs.
D'accord, mais, ça ne répond pas à ma question...
"Alors, les filles, que ferez-vous si vous gagnez le 31 mai?"
De l'ordinaire "je vais consacrer la victoire à ma mère" au prévisible "je vais être un modèle pour les jeunes filles", au Festival de la phrase creuse, la palme va sans aucune hésitation à Chelsea Cooley, Miss USA, qui "va donner son 110%, comme dans tout ce qu'elle fait". J'ai ri. Je lui ai demandé si elle connaissait Yvan Martineau. "Yvane Who?". Désolé, Yvan, meilleure chance la prochaine fois.
Par contre, dans le lot de réponses apprises par coeur, une belle surprise: Miss Inde, Amrita Thappar, qui, si elle gagne la couronne, fera en sorte que sa présence dans les médias permette d'attirer l'attention sur les causes humanitaires qu'elle défend dans son pays. Sida, pauvreté, etc. Je vous jure que si cette jeune femme solide et sincère passe l'épreuve du bikini, elle sera à surveiller.
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