La Presse
4 juin 2005, cahier Voyage

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 42

Poursuite du périple autour de la planète

Hey! Mais c'est plein de nouveaux lecteurs et lectrices! Bonjour! Ça va? Je me présente, mon nom est Bruno Blanchet, alias Tite-Dent-El-Mimo-Monsieur-Pas-De-Cou (ouf, y'a de quoi être fier...), et je suis parti depuis un an déjà, 367 jours plus exactement, à la recherche de je-ne-sais-ni-quoi-ni-où. Mes chroniques, qui paraissaient chaque semaine dans le défunt tabloïd LP2 (sniff sniff!), vous seront désormais livrées le samedi dans le cahier Vacances/Voyage.

Alors, très chers nounous (vous êtes beaux!), pour vous résumer la première année en douze mots, j'ai tout vendu quand mon fils est parti en appartement, et sac sur le dos, comme un vieil ado, j'ai exploré: doucement les îles Fidji, vite la Nouvelle-Zélande, express l'Australie, smooth Singapour, en joggant la Malaysie, trop longtemps la Thaïlande, pas assez le Myanmar, de biais le Laos, et dans le tapis la Chine, en envoyant à chaque semaine le récit abracadabrant de mon périple à partir d'un café Internet " d'ailleurs " sur la planète. À chaque semaine, donc, j'ouvre les portes de mon mystérieux journal intime et, sans retenue, je me partage, me sème, m'écartèle et je dis tout! Oui madame! C'est du sérieux. Vous verrez que si, parfois, on y rit, parfois, on y pleure aussi.

Et vous verrez que je suis pas mal bon pour écrire des niaiseries.

Je vous écris aujourd'hui de Hong Kong, où, à l'approche de la saison des typhons, il fait chaud et humide comme dans Bibi le biscuit, la mascotte du Festival du pain de sarrazin de Saint-Glin (il paraît qu'ils ont lavé le costume, cette année).

Chaud tu dis? Fiou. Sur la rue, on n'a pas parcouru 30 pieds que, 1) la chemise est trempée, 2) les lunettes embuées, 3) le moral à plat et 4) les cheveux frisés (tzing vouittt!, au microscope, on pourrait les entendre friser, je vous jure).

Mince consolation: quand on marche sur les trottoirs et que des buildingsnous tombent sur la tête les grosses gouttes d'eau des systèmes d'air climatisé (impossible d'y échapper!), on se réjouit en se disant que même la ville sue.

Hi hi! Bien fait pour toi, Hong Kong l'empilée, la trop tassée, Hong Kong l'haïssable, la petite-grosse-qui-pue qui essaie de se faire pardonner en offrant des copies de Rolex, des complets cheap, des lots de jeux vidéo (DVD en boni), des massages louches, des musées gratuits, un mini-zoo mimi et quelques pauvres parcs, gênés de respirer, qui gémissent doucement, coincés dans le noeud de béton, entre les crissements de freins, les grincements des trams et les effluves de Won-ton.

C'est pas mêlant, la Hong Kong Sauna inc. s'est imposée au flanc d'une montagne, la Victoria, qui préfère, la plupart du temps, garder la tête dans les nuages plutôt que d'assister au désastre.

J'ai l'air de me plaindre, mais ne vous y méprenez pas, nouveaux lecteurs: je vous énumère les raisons pour lesquelles j'adore Hong Kong, et j'essaie en même temps de vous situer l'action; comme quand le héros du film américain se réveille dans la première scène avec une barbe de dix jours et qu'il renverse une bouteille d'alcool bue la veille avant de contempler une photo de son ex-femme en soupirant. Parce que, d'une part, la chaleur, j'y suis un peu habitué; pour moi, ça fait 12 mois que c'est l'été (je ne dis pas ça pour vous écoeurer: suivre le soleil, c'est simplement la façon la plus agréable de voyager); et quant aux odeurs, à part la fois, où, dans un train chinois, j'étais assis sur une banquette à côté des toilettes avec six Chinois en chaussettes, je vous dirais que même les plus dérangeantes se rangent naturellement dans le tiroir des " curiosités et apprentissages " et, selon l'intensité, dans les sections " texture ", " couleur ", " goût " et/ou " hygiène ". Traduction? En voyage solo, tout est matière à amusement.

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