Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk (même si certains entendraient plutôt "tchikish, tchikish" ou "clouk ticlouk", il s'agit ici du bruit du train sur les rails perçu de l'intérieur du train par celui qui tient le crayon).
Il est 6 h. Le soleil se lève sur le désert du Gobi. Une grosse boule orange qui s'étire paresseusement sur un lit de sable et de cailloux. À bord du K33 en direction de Ulaan Baatar, les Mongols dorment à poings fermés. Seuls aux fenêtres du wagon numéro 8, un Américain, une Allemande, deux Hollandais, un Français, un Roumain et un Québécois attendent, appareil photo à la main, qu'il se passe quelque chose.
Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a... rien. Trans Mongolien Express. Que du sable et des cailloux. Et il n'y a que le temps qui passe, comme si le paysage entier coulait dans un sablier. La Boule jaunit en éveillant le décor. C'est dommage. Ce serait joli, la vie en orange. Plus loin, on voit bien que la Terre est ronde. L'horizon. Précisément ce qui manque à la Chine, que je me dis. Précisément ce qui me manquait depuis longtemps.
6 h 30. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Du sable et des cailloux. "Un arbre!" crie le Français. Je clique. Je le rate. Merde! Meilleure chance la prochaine fois? Je l'espère! À la vue de cette étendue désertique rugueuse et inhospitalière, l'idée que j'aie manqué le seul arbre du pays me traverse l'esprit. Vous comprendriez si vous étiez ici: c'est un drôle d'endroit que la Mongolie... Rude et surprenant!
Hier, lorsque nous attendions le train du soir dans la ville frontière de Zanmud Machin Truc Yark Schnoutte (le mongol est un langage gutturale, glauque, brusque, qui ressemble étrangement à un disque qu'on ferait virer à l'envers; il paraît d'ailleurs que si l'on faisait tourner un Mongol sur lui-même dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, on pourrait entendre des messages subliminaux sataniques comme sur Stairway to Heaven de Led Zeppelin, du type: I sing cause I live for Satan... Ce qui ne m'étonnerait pas du tout! Donc, hier, j'ai été victime d'une agression aussi violente qu'inexplicable. Je cherchais un hôtel où prendre une douche avant le départ, moyennant quelques "tougrouttes" (900 TG pour un dollar) et, dans un établissement propre et rassurant comme une ruelle de favela, un gros Mongol, manifestement saoul comme une botte, s'est planté devant moi au pied de l'escalier (je dis gros, car ils sont effectivement très gros, les Mongols... et je vous en reparle).
Le monstre m'a pris par le cou (tiens, il est bien affectueux, que je me suis imaginé en ayant une pensée pour mes amis gais) et, après ses deux trois petites tapes un peu trop fortes à mon goût, il a essayé de m'éclater la tête contre le mur. Comme ça. Bang.
"MONGOUL! MONGOUL!" qu'il hurlait, le méchant Mongol, en tentant de me frapper le crâne contre le ciment. Hey! Les nerfs, le malade! J'ai crié. Puis, habilement, j'ai réussi à me défaire de son emprise et à lui échapper (grâce à ma super agilité de mime de réputation internationale). Cinq minutes plus tard, il venait me rejoindre sur la grande place (où il y a du billard en plein air) pour m'offrir une bière.
Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk.
Je lui ai dit Go away you crazy bastard. Je tenais ma baguette serré et j'étais prêt à lui en crisser un coup avant de rentrer la 14 au side. Désolé, les bonnes âmes, mais... Plus de pardon. Plus de patience. En voyage, on a beau découvrir le monde, s'ouvrir aux autres cultures, etc., le fait est que, peace and love mon cul, les mèches rapetissent à mesure que les voyages s'allongent. Voilà.
Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk. Tchik a Tchouk.
C'est la fête nationale en Mongolie ce week-end, et il paraît que ça va brasser.
Tchik a Tchouk. Tchik.
Le train entre en gare. Bienvenue à Ulaan Baatar: une des villes les plus violentes et plus laides au monde. Bon timing.
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