La Presse
30 juillet 2005, cahier Voyage

Blanchet, Bruno

LA FROUSSE AUTOUR DU MONDE - 50

Rock'n'roll

La Mongolie porte un t-shirt de Pantera. Les cheveux courts sur le dessus et longs derrière. Des tatouages de têtes de mort sur ses gros bras. Quand la Mongolie passe, on se tasse. Elle est forte comme un yak. Têtue comme une mule. Dure, elle ne plie pas. Elle casse. Dans un groupe de death metal, la Mongolie joue de la basse.

La capitale, Ulaan Baatar (je suis vraiment tenté d'écrire Bâtard), est un chef-d'oeuvre d'absence de charme et de beauté. Un solo de drum. Carrure soviétique, grande place vide, triste à mourir, ruines, pollution (pas d'eau, pas d'arbres, vive le charbon), la cité - qui rappelle effectivement les "cités" en banlieue parisienne - n'a rien pour se faire aimer. Et, croyez-moi, j'ai cherché.

Depuis la chute du communisme, en 1990, on estime que plus de 3000 enfants habitent les égouts de la capitale (l'hiver est froid en Mongolie). On ne fait pas 100 pieds sans tomber sur un de ces petits loups affamés. Chaque fois, c'est le feedback de Marshall qui vous déchire les tympans et la raison. Qu'il est difficile de dire 3000 fois non.

La semaine dernière se déroulait le plus gros événement de l'année en Mongolie, le Naadam (aucun lien de parenté avec Hussein), que l'on décrit comme un mélange de Jeux olympiques pour nomades, de foire et de réunion de famille (du lot, je retiens surtout "foire", mais je vous cause quand même du reste).

Pendant trois jours, trois compétitions sont à l'affiche au stade et dans les environs: la lutte, le tir à l'arc et la course de chevaux. La lutte ressemble beaucoup au sumo, sauf qu'au lieu d'une couche, les lutteurs portent un Speedo. Le principe est plutôt simple: 500 participants se battent pendant deux jours et, à la fin, il ne reste que celui qui n'a pas perdu; les combats sont limités à 45 minutes (l'an passé, la finale avait duré quatre heures et demie) et il n'y a pas de catégorie de poids. Donc, au début, les plus gros (des monstres!) font mal aux plus petits, et hop! on expédie; puis, à mesure que la compétition progresse, se multiplient les combats spectaculaires, les chocs de titans, les accidents d'autobus, les crashs de Mongols fiers, les face-à-face de rhinocéros, de béliers, de Tyrannosaurus Rex; et, finalement, une finale grandiose, entre deux belligérants dont la grosseur du squelette dans 200 ans troublerait n'importe quel archéologue un peu stone (à ce sujet, saviez-vous que beaucoup de dinosaures ont été découverts dans le sud de la Mongolie? Hmm... J'ai soudainement une théorie!). Le gagnant fait alors une petite danse autour du podium en agitant les bras comme un aigle, puis il se cogne la tête contre un poteau. Qui a gagné cette année? C'est un gros.

Le tir à l'arc consiste à tirer des flèches avec un arc (ça aussi, c'est ben faite) sur une cible posée au sol loin loin loin. Des juges se tiennent debout autour (il y en a qui reçoivent des flèches et ça fait rire la foule) pour faire des "sparages" avec les bras à chaque coup réussi. Ou raté. J'ai pas trop bien compris. Mais les costumes étaient jolis.

La course de chevaux a fait l'objet, comme la lutte, d'un réajustement important: depuis l'an dernier, à la suite d'un incident malheureux où un petit garçon de 3 ans est décédé, il est désormais interdit aux cavaliers de moins de 4 ans d'y participer. Oui, 4 ans!

À l'arrivée de la gagnante (une cavalière de 7 ans), il fallait voir la foule hystérique se précipiter, comme des espèces de tordus, pour goûter à la sueur de son cheval. Paraît que ça porte bonheur. Le propriétaire du cheval tentait vainement de les repousser. Les gens se marchaient dessus pour essayer de toucher l'animal qui ruait: ça criait, ça braillait, c'était le bordel.

Ils sont fous, ces Mongols.

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