Matin du départ. J'accroche mes patins à mon sac pour aller prendre le Shinkansen, un train ultra-rapide, de Tokyo à Atami, petit village à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale. C'est de cet endroit que j'ai décidé d'amorcer mon "patin-thon" (envoyez vos dons!) en faisant d'abord le tour de la péninsule de Izu, une pointe formée par l'éruption du mont Fuji et donc montagneuse à souhait. Mais je suis "crinqué ben raide" et ça ne me fait pas peur! Puis, je me dis que chaque montée est forcément récompensée par une descente. Et j'aime bien le mot péninsule.
Péninsu-u-u-u-ule. Péninsu-u-u-u-ule de Iz-u-u-u-u. Hi hi!! Quand je l'ai vue sur la "mappe", il ne m'en fallait pas plus (voilà un exemple parfait de ma technique de voyage: c'est vraiment n'importe quoi).
Première observation nippone: le Shinkansen est rien de moins que formidable. Super confortable, beau à mort (profilé comme une fusée, d'un blanc immaculé, avec les mots "Ambitious Japan!" peints en bleu de chaque côté), il traverse la banlieue de Tokyo en moins de deux (un et trois quarts...), à 300 km/h, en faisant moins de bruit qu'une voiturette de golf conduite par un dentiste à la retraite. À l'intérieur, quand tu regardes défiler le paysage, t'as l'impression d'être à bord d'une balle de fusil dans un gros plan de film de Tarantino. Cool.
Arrivé à Atami, plus excité qu'un gamin qui vient de descendre du Monstre, j'enfile les patins, je me mets le sac sur le dos et... c'est parti! Euh, c'est parti où? Le premier quidam à qui je demande de m'indiquer la route qui longe l'océan me toise avec un mélange d'amusement et d'incrédulité, comme si je venais de débarquer du USS Enterprise avec des oreilles pointues et un nez en forme de trompette. "Beam me up, Scotty!"
"Vous voulez quoi? Patiner jusqu'à Kagoshima? Mon cher ami, prenez le train", qu'il me fait en pointant la gare derrière moi...
Hmmm. Première leçon d'orientation: pendant 1500 kilomètres, je descendrai la côte Pacifique du Japon. Chaque fois que je serai perdu, je devrai simplement me diriger vers le sud, où est la mer, puis ensuite m'assurer que l'océan est sur ma gauche. That's it. Bravo, Bruno! Je pars trouver la route.
Calvaire. Ça a commencé comme dans une descente du mont Royal, dans un village pas de trottoir, avec des rues aussi étroites que les voitures, pour aussitôt enchaîner avec la grimpe du mont Saint-Sauveur sur de l'asphalte de 1962. Au bout de deux heures, j'avais bu mon litre d'eau et épuisé mon jus de mollets.
Première remise en question: pourquoi est-ce que je fais ça? La réponse est facile. Je ne le sais pas. Pourquoi est-ce que je continuerais, alors? Parce que personne ne l'a fait avant moi. Voila une raison suffisante. Et laissez-moi vous dire que ça en vaut la peine. La côte de la péninsu-u-ule de Izu est magnifique, formée de montagnes à la végétation dense qui déboulent dans l'océan, puis se retirent doucement pour laisser la place à de splendides plages de sable blanc. Première surprise: est-ce vraiment le Japon? On se croirait au nord de la Californie!
À l'hôtel où je descends, le soir, je suis accueilli par une geishacharmante, qui m'indique aussitôt le bain thermal (ça doit être l'odeur que je dégage!) et me conduit à ma chambre (coquette) où elle me sert un thé glacé délicieux et une pâtisserie exquise. Avant de sortir de la chambre, elle m'offre un kimono, puis se met à genoux sur le sol et s'incline respectueusement en me remerciant d'avoir choisi son modeste établissement. Arrigato gosaimasu Bruno san. Je suis séduit. J'oublie toutes les douleurs de cette première journée, et j'ai envie de m'étendre un instant pour savourer la victoire.
C'est à ce moment que je réalise que, dans la chambre, il n'y a pas de...lit. Pardon?
J'enfile le kimono et je cours au hall de l'hôtel.
Première leçon vestimentaire: un kimono, on le vêt avec le pan gauche par-dessus le pan droit. Sinon, selon la tradition, ça veut dire qu'on est mort. Ce que je suis un peu, au fond, j'essaie d'expliquer. La geisha rit timidement (les geishas n'ont pas l'habitude de se taper sur les cuisses). Et elle sort le lit de mon placard. Ah! Il était caché, le coquin! Deuxième leçon nippone: le lit japonais, c'est un futon qu'on pose sur le sol, avec un oreiller qui ressemble à un sac de riz. Après vérification, il s'agit effectivement d'un sac de riz.
Mais ça me va. Je dormirais sur un lit de clous avec un sac de "pinottes" ce soir. J'ai une vue extraordinaire sur le Pacifique. La télé avec le câble. Il fait beau et chaud. Et pour les cinq prochaines semaines, je ferai les trois choses qui me font le plus "triper" au monde: patiner, voyager et vous écrire. Merci la vie.
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