Chaque dimanche, au parc Harajuku de Tokyo, y'a du monde! Un monde fou, et l'expression ici s'applique: nul part ailleurs vous ne verrez les Japonais aussi extrovertis.
D'habitude, ils marchent en se regardant les pieds et, quand vous leur adressez la parole, y viennent jaune jaune. Alors, pour découvrir un drôle de Japon, écouter de la musique (il y a des bands punk-rock-glam-métal tout le tour du parc, et certains qui brassent sérieusement le pouding) et rigoler, Harajuku est un rendez-vous à ne pas manquer. Let's go!
Dès la sortie du métro, c'est parti: on est accueilli par une centaine de jeunes habillés en... n'importe quoi! Vraiment. Méchant choc! Des Heidi-Dracula. Des Sid Vicious de l'espace. Des Alice au pays des merguez. Des super héros. Des toutous. Des poupées. Beaucoup de poupées. Assis(es) de chaque côté d'un petit pont pour piétons, ils (elles surtout)... traînent? Montrent leur linge? Fashion-extrement? Veulent des bonbons? Aucune idée! Pendant un moment, on se réjouit, en se disant qu'ils sont originaux, extravagants, rebelles, ce qui est une denrée rare au Japon; puis, quand on s'aperçoit qu'ils trimballent tous et toutes leur petite valise à roulettes avec, dedans, les vêtements "normaux" qu'ils porteront pour le retour à la maison, et qu'au fond, ce n'est qu'une mascarade, un jeu, et/ou du niaisage, je ne vous cache pas qu'on est un peu déçu. Par contre, autour d'eux, il y en a qui prennent ça pour du cash... Et ils sont là, les clowns!
Depuis quelques années, les gens du milieu de la mode affirment que les jeunes Japonais sont full hip top phat et, pour eux, ado nippon égale trendsetter. Le dimanche au parc Harajuku, il y a donc des photographes à la tonne, avec de vrais appareils photos, des trépieds, des réflecteurs, etc., et des directrices avec des gros sabots et un accent pointu qui leur indiquent quoi shooter: "Max, tu me prends la meuf avec les tifs fluo, j'adooooore ses chaussettes, prout prout!"
Pas fous, les jeunes jouent le jeu. Mènent le jeu. Strike the pose! Les vaguement punks grimacent. Les presque hippies font semblant d'être stone. Les pseudo catins potelées bébés "bout'd'chouzent". C'est cuuuuute! Tellement cute qu'on n'en peut plus. Trop de glaçage et pas assez de gâteau. Alors, on sort sur le trottoir écouter un peu de smart métal avec Dat Tit, émule timide de Isis, puis du snap-crac-punk-pop avec les Rice Priskies (jusqu'à ce que le chanteur se fende la lèvre avec la botte du bassiste, et qu'il lui sacre un coup de pied de micro) et on est excité, parce qu'on s'est gardé le meilleur pour la fin. Dans 3,2,1...
Zap. Les Dancing Elvis, comme les gens les appellent (ils font partie du Tokyo Rockabilly Club) se font aller, au milieu du parking, sur des airs de rock and roll (qu'écoutaient mes parents), et ils valent à eux seuls le déplacement. Dès le premier coup d'oeil, l'ahurissant clash de cultures fait sourire. Un gros sourire (on pense à Elvis Wong). Puis, quand on constate qu'ils se prennent tous très très au sérieux, avec leurs bananes de deux pieds, leurs Perfecto usés aux bons endroits et leurs faux souliers pointus, et que le spectacle (?) pour eux n'a rien d'une parodie (j'ai essayé d'en interviewer un, et il m'a repoussé en retroussant la lèvre comme Billy Idol), là, c'est l'hilarité garantie.
Hi hi! Faut les voir, ces similicuirs, ces copies de copies de The Fonz, après avoir dansé furieusement sur l'air de I fought the law, caler leur rootbeer, glou glou, écraser la canette d'une seule main, et marcher, grrr, menaçants cool cats, à la Brando de The Wild One, pour aller la porter dans le bac de recyclage désigné à cet effet. Rock and roll. I fought the law and the law won...
Vous l'aurez deviné: eux aussi ont leurs petites valises à roulettes. Et le punch? Pendant que je suis là à rire des clowns de cuirette, un regard se pose sur moi avec insistance. J'accuse réception. Le jeune homme s'approche. Il est Québécois. "Excusez-moi, Monsieur, est-ce que c'est vous... le petit monsieur pas de cou?" Ha ha ha! Dans les dents, Tites-dents! Merci, Hugo Girard. J'allais oublier qu'en plus d'être un clown, je suis un vieux clown.
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