Une des bières les plus populaires au Japon s'appelle la Asahi, et c'est vrai qu'elle est détestable (avec un nom toutefois moins pire que celui de l'eau minérale en Mongolie: l'eau Apu). Les Japonais excellent dans beaucoup de domaines. Mais la bière, faudrait leur dire que ça ne se brasse pas avec des baguettes.
Par contre, pendant les matchs de baseball au Tokyodome, ils ont trouvé une façon fort efficace de mousser la vente de leurs verres de "broue pas bonne à dix piasses": pour servir le jaunâtre liquide aux fans, on fait appel à de pétillantes nymphettes en hot pants, avec le baril de bière drett' sur le dos dans un joli backpack fluo. You hou! Vous lui faites signe, aussitôt elle s'approche, s'agenouille, sort son boyau et vous verse une draft, live, avec un beau sourire de 32 dents. Oui, mon Richard Labbé! À mettre sur ta liste de cadeaux de Noël, immédiatement.
Parlant baseball, quand tu es à Tokyo, voyageur au long cours, sous aucun prétexte tu ne dois rater l'occasion d'aller voir un match des Giants au Tokyodome, et ce, même si tu n'aimes pas le baseball: parce que le réel plaisir est dans la foule.
Ils sont fanas crackpot, les Japipipourras (ici, Obélix vous dirait "ils sont fous, ces Romains")! Ça gueule du début à la fin, y'a des agiteurs de drapeaux, des meneurs de claque, des pompom girls, des souffleux de clairon, des tapocheux de tambour (de la musique sans arrêt) et tout le monde autour qui connaît les chansons par coeur (et y'a de ces chorégraphies de foule, mon ami!). C'est pas mêlant, tu finis par te surprendre, à la cinquième manche, après la chanson du groupe de rap jap' (et dix minutes de feux d'artifice), en train de scander toi aussi "Gui-gui, Ya-ya, Ma-ma, Gui-gui-ya-ma!" le poing dans les airs. L'ambiance est extraordinaire...
À moins que ce ne soit la bière. Entoucas, ça fait une excellente soirée pour pas trop cher (un fichu de beau stade en plein centre-ville, des billets "debout" à dix piasses, et un hot-dog-frites-liqueur... à dix piasses, of course!). Ça nous fait sincèrement regretter que les Expos aient passé le jack' à gauche... (Une question pour toi, l'amateur de sport: les ex-Expos, avant d'être les Expos, étaient-ils les Pos, et se peut-il que le terrain de baseball des Japonais soit plus petit? Hum. Une autre question: si un lanceur de relève appelé en début de neuvième gâche tout et accorde trois points alors que son équipe menait 2-0 (ce qui fait 2-3) et que, à leur tour au bâton, ses coéquipiers marquent deux points et remportent le match (4-3), à qui va la victoire? Au lanceur de relève poche??? Pourquoi j'ai l'impression que c'est injuste? Merci de m'éclairer à brunoenasie@hotmail.com)
Autre particularité: au Japon, le baseball est pratiqué avec un respect singulier de l'adversaire, de la noune, du public et des officiels. Par exemple, au début et à la fin du match, les joueurs enlèvent leur casquette et vont s'incliner devant l'équipe adverse et devant la foule, puis ils s'inclinent en entrant ou en sortant du terrain. Et jamais, au grand jamais, les joueurs ne discutent les décisions de l'arbitre. Une "troisième prise!" un peu louche? Pas de problème! Ils rentrent au banc en courant, avec le sourire. Mais le best, c'est qu'ils ne crachent pas. Et qu'ils ne se pognent pas trop souvent le sac. Juste un peu. Et si discrètement qu'on leur pardonne. Voyez par vous-même: un joueur se présente à la plaque. Numéro 18. Il pointe le champ gauche de son index. Tout le monde se retourne. Squouik. C'est fait. Subterfuge! Que voulez-vous, y'a des habitudes plus difficiles à perdre que d'autres.
Parlant d'habitude (ce lien m'a été offert par Jacques Mathieu), il y a une activité quotidienne à laquelle je suis en train de prendre goût: les bains publics. Au Japon, se moucher en public est considéré déplacé et vulgaire (indication: si vous voyez quelqu'un qui se fouille dans le nez dans la rue, vous pouvez être certain qu'il n'a pas toute sa tête), alors que se doucher en groupe n'a rien de choquant. La semaine prochaine, je vous parle de Japonais nus.
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