Partout sur la côte pacifique du Japon, les bains thermaux abondent. Il y a tellement d'eau chaude qui jaillit du sol japonais qu'en certains endroits, en se creusant un trou dans le sable, sur la plage, on peut se faire une jolie petite baignoire. Splouch plouch. Je suis devenu accro des thermaux.
Difficile de vous expliquer pourquoi: le plaisir de terminer une lourde journée par un moment de relaxation dans de l'eau chaude sulfureuse en compagnie d'hommes d'affaires japonais dans le plus simple appareil n'a simplement pas d'équivalent québécois. Serait-ce le fait de la nudité? Serait-ce le plaisir rituel? Serait-ce l'eau?
Je vais être honnête avec vous: il y a sûrement beaucoup à voir avec le fait que je sois toujours le seul caucasien dans le bain. Et que pendant ces quelques heures, je suis beaucoup beaucoup au Japon, pendant que vous, vous êtes à la maison. Flebelebeleb! (Oui, il m'arrive de vous tirer la langue. Comme les danseurs de butô...)
Les lumières s'éteignent.
Silence.
Rideau. Un homme nu, peint en blanc, la tête rasée, gît immobile, en position foetale, au milieu de la scène, sous une ampoule nue qui se balance. Le vent se lève (effet sonore) et l'homme doucement s'éveille. Il se déploie comme une fleur, tire la langue au public et tend la main vers la lumière. Il hésite. Se referme. Le vent souffle de plus belle.
L'homme s'ouvre. Il se tortille, nous tire encore la langue (ils tirent beaucoup la langue, les butohistes) et tend encore une fois la main vers la lumière. Il hésite. Bang! Un tambour. Il se referme.
Ça fait huit minutes que le spectacle de butô est commencé. Il ne s'est rien passé, vous croyez? Vous avez raison. Et l'idée de "naissance", de "lumière", gnagnagna... vous trouvez ça usé? Encore une fois, vous n'avez pas tort.
Mais pourquoi, alors, est-ce aussi bouleversant?
Micha, une Israélienne rencontrée au café Internet (mon bureau!), pratique le butô, cette danse contemporaine japonaise. Elle vit à Kyoto. "Kyoto?" Oui. Parce qu'elle aime la ville. That's it. Y'a pas de détour avec elle.
Chapelière de 33 ans, nez aquilin, caractère de chien, Micha me fait ca-po-ter. Quand elle m'a dit "Tu viens voir du butô avec moi ce soir, Bruno", je me suis transformé en pékinois et j'ai même pas attendu qu'elle tire sur la laisse. Elle me déteste quand je fais ça ("Stop saying yes all the time!"), mais j'ai tellement envie que quelqu'un (n'importe qui) décide de choses pour moi (n'importe quoi) que je me régale aussi de ses reproches. Quand tu voyages seul, tu te tannes de toujours savoir où tu t'en vas.
Tout ça pour dire que le butô ne figurait pas du tout dans mon plan de match. Et que je n'aime pas le butô: j'en ferais volontiers, mais y assister, je trouve ça aussi frustrant que d'être triste et de regarder quelqu'un d'autre pleurer. Sauf qu'hier, ça m'a déchiré. Comme le bain, le plaisir du butô, c'est peut-être le fait de partager avec une foule d'inconnus un besoin de silence?
Je me tais.
Et finalement, à quoi rime "bobette", dans le titre de cette chronique? Un après-midi, je suis allé voir le spectacle des Water Boys, croyant aller assister à du ski nautique, du plongeon, de la voltige, bref à de l'action dans une grosse piscine. Et comme je suis arrivé tôt, je me suis placé au premier rang. Quelle ne fut pas ma surprise de réaliser que les Water Boys sont un groupe d'adolescents en sperme qui font une espèce de démonstration de nage synchronisée poche sur de la disco (YMCA et compagnie) pour faire hurler les préadolescentes et pendant le show, les performers enlèvent leur maillot (ils en portent un autre dessous, évidemment) et ils le lancent dans la foule et j'en ai reçu un sur les genoux et j'ai crié comme une fillette.
C'était la dernière chronique en provenance du Japon. Je prends un break. Je vous parlerai une autre fois des love hotels (j'ai dormi dans la chambre S&M!), des mangas érotiques (ils en lisent dans le métro!) et des ultranationalistes japonais (sont fous!). Sayonara. Je vais passer du temps avec Micha.
J'ai besoin d'un peu de tendresse avant la prochaine étape, qui risque d'être pas mal plus difficile.
On part en terrain miné... dans les killing fields du Cambodge.
Boum.
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