La chronique de la semaine dernière vous a fait réagir? Ayoye! Se pourrait-il que, sans s'en rendre compte, le correspondant à "l'étrange" que je suis aurait ouvert une boîte pleine de points d'interrogation sur des sujets aussi sérieux que la prostitution en Asie, le machisme chez les bouddhistes et la sexualité des hommes de 40 ans? Pas pire pour un clown... Je commence à croire que je suis un ethnographe qui s'ignore, un "ethnonographe" comme le suggère Maxime Lamoureux de l'UdM (1, 2, 3 go! pour le journal d'anthropo; cher Maxime, je rêve de servir de "dessert" après Malinowski!). Pour ce qui est de vos questions de sexe, les curieux, promis, aussitôt les enfants couchés, je vous fais de jolis petits dessins.
Le jeudi soir, au "Water Festival" de Phnom Kromm, sur un manège pourri à 20 cents, Bruno et les jeunes s'amusent à faire basculer les chevaux de bois et Bruno se fait avertir deux fois avant de se faire expulser. Le vendredi, Bruno va volontairement se perdre à vélo dans la campagne inondée. Il rencontre des chasseurs de grenouilles, des planteurs de riz et des faiseux de rien, et il retrouve son chemin à la tombée du jour, crevé, après s'être fait courir par des chiens. Samedi, devant une salle bondée, Bruno participe à un concours de karaoké khmer, et il a l'air d'un beau tata... OK?
Depuis que je suis au Cambodge, je fais des folies. Ça vous étonne? Moi non plus. Le Cambodge est une catapulte: il y a ici une urgence de vivre, une vitalité qui vous transporte au-delà des dangers, à trois sur une moto, sans casque, pas de souliers, une nuit sans phare, en amour avec la pilote et la passagère, vers une mare d'eau noire, où vous plongez, tête première, sans hésiter, pendant que les autres rient; pendant que, sous les étoiles qui fleurissent, les insectes jouent du Fripp-Eno à l'harmonica; pendant que les batraciens, dans des mégaphones, croassent que "la mort n'existe pas". Imaginez un mois...
Ça m'aura pris en effet presque quatre semaines pour réussir à quitter ma famille K. de Siam Reap. Je ne me serai pas ennuyé une seconde. Le dernier soir, on s'est tapé une fondue cambodgienne (la cuisson se fait sur une espèce d'égouttoir de métal renversé, posé sur un seau de braise), et c'était succulent. Après le repas et la séance de photos, émus, ils m'ont donné le plus étonnant, le plus beau, le plus touchant des cadeaux: à l'intérieur d'une carte de souhaits avec des fleurs et des papillons, ils m'ont offert... un prénom. Un prénom cambodgien. Juste pour moi. Khnao.
Ça se prononce comme "maintenant" en anglais, et Souphal dit que c'est le nom d'un fruit cambodgien délicieux. Merci. Je pose la carte, les yeux dans l'eau. Désormais, ce sera aussi le nom d'un mime amoureux, abandonné au bord de la khmer. Bye bye.
Le lendemain, c'est donc triste comme les pierres que j'arrive à "Phnom Peine". Il pleut à noyer les dindes. Le soir. Un lundi. Le temps d'un dernier soupir à l'arrêt de bus, et watch out, c'est reparti! Les portes s'ouvrent et vous êtes jeté comme un morceau de viande au milieu d une foule affamée de quêteux pas de bras, de chauffeux de moto, de tireux de tuk tuk, d'enfants pas de mère, de mères pas de sous, et de pousseux de pout pout qui, pour 10 cents, vous transporteraient sur leur dos. Certains crient, les autres hurlent ou tiennent des pancartes comme à l'aéroport. Un de ces derniers tire avec insistance sur mon sac. Hey, c'est quoi, le problème? Je me retourne. Hein?
Sur son affiche est écrit... "Mister Khnao, Canada"!
L'homme explique qu'il est un ami de la famille K. et que Papa lui a demandé de venir m'accueillir. Ma chambre d'hôtel est déjà réservée.
Et vous m'avez reconnu?!?
"Easy! Papa say to me: look for funny old man."
Hi hi! "Funny old man" dans un drôle de pays... La semaine prochaine, voyage au bout de l'horreur: le musée de la torture et du génocide. Couchez les petits.
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