Huit heures, dimanche matin. Le soleil se faufile entre les rideaux de la chambre 26, un joli penthouse sur le toit de l'hôtel Astoria. Home sweet home! Ça m'aura pris deux semaines et six hôtels, ou trop bruyants ou trop sales (ou les deux!), avant de trouver ce petit havre de paix à un prix raisonnable, en plein centre-ville, avec cuisine, salon, terrasse, fleurs et corneilles à profusion (on se croirait dans le film The Birds de Hitchcock! Sans compter les faucons qui planent, comme la Mort, au-dessus de la ville...) Un petit café au lit? Le journal Times of India est glissé sous la porte. Aaaah... Tout ce qui me manquait!
Fameux, les journaux indiens. Meurtres, viols et émeutes en photos couleurs, comme si on y était! Section des sports: criquet, criquet, criquet, et échecs (!), avec tout plein de clichés excitants de "joueurs d'échecs qui pensent". Annonces classées? "Urgent, homme de 56 ans recherche rein, A positif." Le marché du rein est très lucratif en Inde. Paraît qu'un rein va chercher dans les 800 $US... Vous savez combien coûte un journal en Inde? Une roupie. En termes canadiens, trois sous noirs. Comment font les journaux pour survivre? Aucune idée! Surtout qu'ils y arrivent avec moins de publicités que dans nos quotidiens...
Par contre, ce qui est vraiment préoccupant ici, c'est la sur-utilisation du papier. Car ça, mes amis, c'est loin de faire peur aux Indiens: la bureaucratie ici est d'une lourdeur kafkaïenne, et rien, absolument rien, ne se fait à l'ordinateur. Formulaire de ci, formulaire de ça, signe ici, signe là... Aaaah! Un exemple? À chaque fois que vous arrivez à un hôtel pour louer une chambre, vous devez remplir le "Grand Livre" où l'on vous interroge sur votre prochaine destination, sur le nom de votre père, le nom de fille de votre mère, votre métier (je peux-tu juste avoir de l'eau chaude?), et bien d'autres choses encore; et il faut que tout ça soit écrit lisiblement, sinon tu recommences! Puis l'homme à la réception remplit ensuite lui-même un formulaire (en trois copies avec du papier carbone) qui reprend sensiblement les mêmes questions, plus numéro de passeport, de visa, etc.; et vous pouvez être certain qu'à chaque fois, le tout durera une bonne quinzaine de minutes, minimum! Épuisant...
À la fin (finalement!) l'homme vous présente le formulaire final où, tout en bas, il y a deux lignes pour apposer des signatures: la vôtre (CUSTOMER) et celle du gérant (MANAGER). Je signe toujours sur la ligne MANAGER. NOOON!!! hurle l'employé. Ça les fait capoter! Badtrip total! Et là, ils regardent le formulaire, découragés, ayayaye, en secouant la tête comme s'ils avaient de l'eau dans les oreilles. C'est le mouvement de tête indien pour "non" (et le mouvement de tête pour "oui", c'est la même chose).
Le plus drôle dans cette histoire? Quand vous repartez de l'hôtel, il y a un formulaire de départ à remplir. Vous l'auriez deviné. Donc, le dimanche matin, après le copieux petit déjeuner au muesli-miel, fruits et curd (du yogourt - toujours manger du yogourt le matin en Inde: d'abord, il est délicieux, puis c'est le remède parfait pour vous refaire une belle flore intestinale. À ce sujet, n'écoutez pas les conseils des Polonais, qui vous diront que la seule façon de ne pas être malade en Inde, c'est de boire un verre de vodka tous les matins), et quand le soleil resplendit, c'est le moment idéal d'aller payer une visite (100 roupies, plus 20 pour l'achat de fleurs) au temple Kalighat. Dans ce temple, tous les jours, en plein air, se font des sacrifices en l'honneur de la déesse Kali; le dimanche est une journée bien spéciale pendant laquelle on égorgera 50 bêtes, du buffle à la chèvre au mouton. S'y rendre est facile et sécuritaire (métro Kalighat), mais soyez sur vos gardes, dans la rue, à l'approche du temple: il y a beaucoup de drogués dans le coin qui, pour s'acheter de la dope, volent et vendent les couvercles des bouches d'égout. Ffffiiit! Une seconde d'inattention et vous tombez dans le trou. Et croyez-moi, le dernier endroit où vous avez envie de plonger, c'est dans les égouts de Calcutta.
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