En descendant du train à Mysore, État de Karnataka, au sud de l'Inde, ça s'est mis à me piquer sur les fesses. Aaargh! Trois heures plus tard, j'étais à l'urgence. Une Hollandaise rencontrée à Kolkata m'avait conseillé d'éviter le voyage en couchette dans un wagon climatisé parce que, selon elle, "ce n'est pas là qu'on rencontre les vrais Indiens. Va t'asseoir avec le peuple, apprends à les connaître", qu'elle m'avait suggéré.
Maudite bonne idée: 46 heures les fenêtres ouvertes, assis sur un banc de bois à trois pattes, avec de la poussière à la pelle et des moustiques à la tonne et, à chaque arrêt, le wagon qui s'emplit de crieurs, de voleurs, de vendeurs de chai (thé), de samosas, de croustilles au goût de masala et, à chaque fois que tu réussis à t'endormir, un quêteux pas de bras à quatre pattes qui te réveille en te donnant des coups de tête sur le genou et s'imagine que tu lui donneras volontiers les dix dollars (!) qu'il exige de toi pour avoir balayé le plancher avec son pantalon et qu'avec un grand sourire à la Marie-Chantal Perron tu lui diras: "Alllloooo, Pipou! Je suis tellement content de te voir, à cinq heures du matin! Viens que je te donne de l'affection!" Non.
À l'hôpital, le docteur, assis derrière son bureau, a pouffé de rire quand j'ai enlevé ma chemise et mes shorts. "Avez-vous pris un train hier, Monsieur?", qu'il m'a demandé, sans même se lever pour regarder de plus près les gros boutons rouges purulents qui me recouvraient le dos, les jambes, le cou et le reste. "Oui, j'ai pris un train hier. Est-ce suffisant pour me transformer en monstre des Fantastic Four?"
"Punaises, qu'il a répondu en commençant à remplir la prescription. Une véritable peste dans les wagons de deuxième classe... Pourquoi ne voyagez-vous pas en couchette dans un wagon climatisé, comme tout le monde?" Pourquoi? Parce que je suis tombé dans le piège du touriste qui essaye de se faire accroire qu'il n'est pas un touriste (une véritable peste en Inde); parce que je voulais faire mon smat; parce que la Hollandaise, bon, vous l'auriez rencontrée, vous auriez fait le trajet à dos de mulet. Un dénommé Sydney J. Harris a écrit: "Si une toute petite chose vous dérange, est-ce que cela ne vous indique pas quelque chose sur votre propre dimension?" Alors, patience, respirons par le nez, Monsieur Bruno, et poursuivons.
Vous vous demandez peut-être ce que l'on vient fabriquer à Mysore (noire), en Inde, ce matin? Hmmm... Vous souvenez-vous de la chronique de La Frousse sur le curé tout nu de Calcutta, au temple jaïniste? Allez, creusez-vous le beigne un peu...
D'abord, Mysore n'est pas notre destination finale. Nous couchons ce soir à Mysore dans le but d'aller demain matin à Svranabelagola (difficile à prononcer avec la bouche pleine de biscuits soda), à une cinquantaine de kilomètres au nord, afin d'assister au Mahamastakabhisheka (ça aussi), le festival jaïniste (et événement complètement sauté!) qui se tient à tous les 12 ans et, chanceux comme qu'on est, c'est cette année.
Le matin, mon ami Allan (oui, le vieux monsieur anglais de la même chronique!) et moi arrivons frais et dispos au village de Sravanabelagolagaligola youpi dou, excités comme des gamins au parc Belmont. La veille, à Mysore, nous avons déniché des billets pour assister à la première, et il paraît que c'est la journée la plus spectaculaire. À l'entrée du site, la guichetière nous signale d'aller à l'autre entrée, côté nord de la colline (où trône au sommet la statue géante jain, un monolithique de 19 mètres). À l'autre entrée, on nous indique l'autre autre entrée.
À l'autre autre entrée, le gardien refuse nos billets. "Ces billets ne sont pas valides", qu'il nous annonce avec un sourire qu'il faudrait sortir du congélateur au moins deux heures avant le repas pour qu'il dégèle. "Ce sont des faux." Allan vire au rouge. Je prends vite la parole avant qu'il ne dise une bêtise. "Comment ça, des faux, Monsieur? Encore du cr.. de niaisage?!? On arrive de l'autre bout du monde, tabarn...!!!"
"Pas mon problème. Vous devez aller au Bureau du Festival. En ville." Une crampe au ventre me pogne. C'est reparti. Welcome back to India.
Retour