La semaine dernière, Bruno et Allan tentaient d'entrer à la première du festival jainiste, en Inde. Hélas les billets qu'ils avaient achetés étaient des faux.
"Il faut retourner au bureau du festival en ville?" Heureusement que le centre-ville de Sravanabelagougoune n'est ni loin ni très grand. En dix minutes, nous y sommes. Fermé. "Parce qu'ils sont au festival." Bien sûr, on aurait dû y penser... Devant le bureau, l'espèce de garde nous recommande d'aller à la table des médias, parce que, paraît-il, seuls les journalistes et les invités officiels peuvent assister à l'ouverture de l'événement, qui, je vous le rappelle, rassemble tous les 12 ans des centaines de gurus jaïns de tout le pays, certains partis depuis des mois pour se rendre à Sravanabellatchitchic, nus (ils ont renoncé aux biens matériels) et à pied (ils évitent d'utiliser toute forme de transport terrestre because la mort des bibittes qui s'écrasent dans le pare-brise).
À la table des médias, je pointe le menton, retrousse le nez et je joue la Castafiore à fond pour essayer de les étourdir. "Où sont nos passes? Je demande à voir le responsable! J'arrive du Canada pour assister à l'ouverture du festival, on nous a remis de faux billets et je suis furieux! Vous faites ça à chaque 12 ans, me semble que vous avez le temps de vous préparer? J'ai vu des festivals de l'achigan mieux organisés!"
L'homme derrière la table ne cligne même pas de l'oeil. "Êtes-vous journaliste?" La question que je voulais éviter. J'ai envie de dire oui, mais je connais trop bien la suite: carte de presse (?) que je n'ai pas, lettre d'autorisation de couverture de l'événement (?) que j'ai encore moins et formulaire de permis de travail en Inde (?) que, euh, j'ai oublié à l'hôtel, je pense, euh, Monsieur.
"Alors, vous devez aller au poste de police." De là, après 15 minutes d'attente, on nous envoie au camion de police garé devant la barrière de l'entrée principale, là où, selon le policier de garde, le capitaine est en mesure de nous dire quoi faire. Enfin!
Le capitaine, un beau grand monsieur avec une belle longue moustache et un beau pistolet, est catégorique. "Faut aller au bureau du festival."
Je vois dans les yeux de mon ami Allan qu'il voudrait étriper quelqu'un. Parfois, je le trouve un peu impatient, mais en ce moment, je partage tout à fait son envie de tuer. On retourne au bureau ou on abandonne? Il tranche le débat.
"On entre." Au festival?!? "Of course! Follow me and walk like the place is yoursxc", qu'il me lance en traversant la barrière. Marcher comme si l'endroit m'appartenait? Hi hi! Ils me le donneraient que j'en voudrais pas, mais enfin, faut ce qu'il faut. Première étape, franchir le cordon de sécurité dans la rue. Facile, car nous sommes Blancs. Au deuxième contrôle, Allan leur montre son super appareil photo, sans rien dire, et presse le pas, en pointant en direction de la montagne comme s'il était un photographe en retard. Brillant! Moi j'improvise l'assistant b-bègue s-s-stressé qui ch-cherche quelque chose dans son-son sac. Malgré ma performance ordinaire, les gardiens dupes nous regardent passer, tchou-tchou, comme des vaches un train le matin. Nous y sommes presque... Au troisième et dernier contrôle (au pied des marches qui conduisent au sommet), la sécurité semble plus serrée: ce n'est plus le moment de s'arrêter pour réfléchir à une tactique. Ça passe ou ça casse. Alors on fonce. Dans ma tête, je me répète "je suis invisible, je suis invisible, je suis invisible, je suis invisible." Vous n'avez jamais essayé ça? Vous devriez... Ça marche! Nous traversons la foule agglutinée à l'entrée, passons la ligne rouge, déjouons le gardien, et c'est le but! Nous amorçons la montée des marches! Quand, tout à coup...
"Hey! Stop!" Pardon? Un militaire nous fait signe de revenir à la guérite. Fichtre! Il nous indique un tas de souliers dans une boîte. "Enlevez vos souliers." Yes! La semaine prochaine, on se fout à poil!
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