Addis-Ababa, capitale de l'Éthiopie. À l'aéroport, épuisé par le voyage, je me fais avoir sur le taux de change par une caissière avec des dents en or, juste avant de me faire arnaquer par un chauffeur de taxi sur le prix de la course, qui en bonus, n'ayant supposément pas assez de monnaie pour mon billet de 10, hop, me prend 1,50 supplémentaire (c'est pas grand-chose, mais après l'Inde, on a la peau mince). À l'hôtel, accueilli par un sourire honnête (?) et un lit confortable au prix indiqué, ouf, je m'étends et je rêve que ma chambre est à côté de la discothèque!
Boum boum boum. Wham, Wake me up! - de circonstance. La tête du lit tremble. Boum boum boum. Michael Jackson, Bad - en effet. Suivi de boum boum boum, Cindy Lauper, Girls just want to have fun. Excellent. En plus d'être couché sur une piste de danse en Afrique, je suis en 1980.
Bon, aussi bien me joindre à la fête. Je remets mes lentilles cornéennes. Je me rince le visage avec de l'eau froide (y était pas supposé y avoir de l'eau chaude?) et j'écrase un moustique sur le mur à côté du miroir. Splat! Il est plein de sang. Shit! Malaria, éléphantiasis, tsé-tsé, toutes les maladies me traversent l'esprit. Tant pis. Je sors.
À la discothèque, rien de bien spécial: aux murs, des affiches de sport, au plafond, des télés et, au bar, une trentaine de clients éthiopiens qui boivent de la bière éthiopienne. C'est comme au Vieux Shack de Saint-Jérôme, mais en plus foncé.
Puis, le miracle. Sur les premières notes d'une chanson éthiopienne, chling, apparaissent six déesses africaines, avec des yeux de fauves affamés et des os d'explorateurs belges piqués dans la coiffure, (dé)vêtues de peaux de léopard en lambeaux qu'on dirait arrachées à coups de dents à la bête. Comme possédées, elles engagent aussitôt une danse de Saint-Guy démente, roulant des épaules avec violence, leurs bassins enflammés, leurs seins bondissant à un rythme qui se transmet comme un coup de fouet à la foule, hypnotisée, qui se trémousse, se bouscule, se sacrifie au rythme, épileptique, hallucinée. Je suis si impressionné que j'en oublie de cligner des yeux et mes verres de contact tombent sur le comptoir, juste à côté de ma mâchoire.
Le lendemain matin, la première balade à pied dans Addis me fout les jetons. La trouille, les boules, les quételles, les shakes, la poule mouillée! Je voulais un changement? Je suis servi! Bien que la misère s'exprime sensiblement de la même façon dans tous les pays en voie de développement, le réveil est un peu brutal. Ma première balade dans les rues d'une ville d'Afrique ressemble à ce que j'avais craint d'imaginer: f#*ing hell!
J'ai beau marcher au rythme du gars qui sait où il s'en va, et j'ai beau me promener avec un journal sous le bras, pinte de lait à la main (un truc que m'avait filé Éric Lapointe pour les lendemains de nuits blanches); même avec casquette, lunettes fumées et manches longues, en Éthiopie, impossible de passer inaperçu: c'est comme s'il me manquait le groove. Et je les entends hurler à mon passage: "Hey, la gang, v'là la Banque du Canada! Charge!"
L'entraînement en Inde aura donc été extrêmement profitable, parce que la sollicitation à Addis est aussi soutenue - dès qu'on met le pied dans la rue! -, et la mendicité, plus troublante encore. Il y a ici de ces maladies et de ces déformations dont je vous épargne les descriptions graphiques, ce matin, parce que vos oeufs passeraient de travers.
Donc, voyageurs avisés, planifiez dans l'ordre: l'Inde avant l'Afrique de l'Est, le Vietnam avant l'Inde, le Cambodge avant le Vietnam: tout ça dans le but d'apprendre à dire non, une science bien plus complexe qu'elle n'en a l'air. Pas toujours facile de laisser son coeur à l'hôtel.
En terminant, parlant de banque, à Addis, selon le Guide de voyage LP, on devait pouvoir trouver des guichets automatiques. Et ben? Non. Niet.
Aydelem. Hi hi! Avec mes 200US dans les poches, le reste promet d'être pittoresque.
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