Encore une fois, les arbres cachaient la forêt, et Addis Ababa s'avère un endroit à peu près paisible, presque agréable, comme un gros village un peu fou. Et à force de traîner dans la foule, encore une fois, j'ai fini par m'y fondre, de façon naturelle, comme un fermier dans un champ qui apprend à endurer la chaleur et les mouches. Faut juste prendre ça cool. Je ne veux pas dire par là que je suis cool, mais, je suis cool. Hé! Deux ans de voyage dans 16 pays, ça doit bien servir à quelque chose, non?
Tadias Tenayistillign? (Salut, ça va?)
L'ordinateur sur lequel je vous écris est coincé entre deux étagères d'un magasin de location de DVD-VCD-VIDÉO qui annonçait de l'Internet "haute vitesse" sur une toute petite affiche jaune que j'ai failli ne pas voir. Chanceux que je suis, c'est effectivement la connexion la plus rapide que j'ai trouvée jusqu'à présent en Éthiopie: seulement trois minutes pour ouvrir la page Hotmail.
Heureusement, depuis deux semaines que j'"éthiope", j'ai compris: quand je sors surfer sur le Net, je m'apporte un livre, Another Roadside Attraction, de Tom Robbins, à hurler... L'ordinateur (un STIM qui n'en fait pas beaucoup) indique qu'il est présentement 1h30 de l'après-midi et, pourtant, dehors, il fait noir comme chez le Canis Simensis (loup éthiopien en danger d'extinction, prenez des notes)! Étrange? Pas du tout. Il s'agit de l'heure éthiopienne, divisée en deux tranches de 12 heures qui se décomptent à partir de 6h le matin et minuit le soir (félicitations pour votre beau programme). Vous me suivez? Ici, vous devez donc ajouter six heures à l'heure qu'on vous dit sur la rue, et c'est l'heure normale, c'est-à-dire celle depuis qu'on est petit; à moins que vous n'ayez envie d'adopter leur façon de calculer le temps et de vous coucher juste avant Bobino à quatre heures de l'après-midi.
Comme je vous écris en direct d'une rangée dans un magasin de location de vidéos (c'est pas une farce), à ma droite (juste pour situer dans l'espace), il y a des thrillers américains obscurs, comme Enough avec Jennifer Lopez (titre judicieux), et In The Night, avec un fusil et du sang. Puis, sur ma gauche, il y a toute une section de films religieux, avec en vedette le Jesus du Road Warrior (Mel G.), en version amharic (langue de l'Éthiopie). Seriez-vous surpris si je vous disais que c'est la section la plus fréquentée? Moi si. En débarquant en Éthiopie, je ne m'attendais pas à y trouver un peuple aussi pieux et, surtout, aussi expressif dans sa foi chrétienne. J'aurais dû m'en douter - à Lalibela, au nord de la capitale, on trouve des églises taillées à même le roc datant du IXe siècle -, mais malgré tout, comprenez bien une chose: les premières grand-mères avec des croix tatouées dans le front que vous surprenez à embrasser la rue et le trottoir en face de l'église vous font un drôle d'effet; surtout que d'habitude, la croix, on la voit tatouée sur l'épaule, juste au-dessus du visage du Diable, avec les inscriptions "Motorhead" et "Sophie". Personnellement, j'ai surtout fait le saut quand j'ai appris que les Éthiopiens orthodoxes chrétiens devaient se soumettre à 180 jours de jeûne obligatoire! Ce qui signifie, pour eux, un seul repas par jour, avec interdiction d'oeufs, de viande, de gras et de lait. Déjà qu'ils ne sont pas gros...
Toutefois, cette piété appuyée ne les empêche pas, en tant que société, de céder aux modes et aux tendances actuelles. Et, pendant qu'on se jase, là, tout de suite, en ce moment, les trois employées du club vidéo regardent à la télé l'émission populaire Ethiopian Idol, un show copié sur tous les autres, mais que vous devinerez réalisé avec moins de budget que la garde-robe de Julie. Et pourtant... Même si ça a l'air d'être tourné chez H&R Block par Mononcle Jean-Guy, les trois jeunes filles réagissent comme toutes les jeunes filles du monde entier: "Hiiiiii! Yé tellement beau!"
Bon, qu'est-ce que j'étais venu vous dire, moi? J'm'en souviens plus! Anyway, déjà 700 mots, c'est terminé, et la semaine prochaine, je vais être payé. Na nana nana na! Je suis tellement cool.
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