Bonne Saint-Jean, les Québécois! Ma gang de... Je suis au Yémen. Qu'est-ce que je fais là! J'suis pas supposé être en Afrique?
(Le plan, je vous le rappelle, était de quitter l'Éthiopie par le sud, chasser le lion au Kenya, me faire chasser par les gorilles en Uganda, attraper la malaria en Tanzanie, tomber enceinte au Malawi, perdre mon passeport au Zanzibar, mes eaux au Mozambique et accoucher en Namibie. Mais c'est rendu que tout le monde le fait, faque, d'la m...)
Donc, le Yémen. Pays le plus au sud sur la péninsule arabique. Montagneux, chaud, et surtout, pour ce qui me concerne en ce moment, très "musulman": ce qui signifie, en d'autres termes, très "sans alcool pour fêter la Saint-Jean"! Je sais, c'est terrible. Mais, à cause et parce que je serai ici pendant sept semaines pour suivre des cours d'arabe, j'ai trouvé un truc.
Je bois pas.
On n'en parle plus! Y'a rien à boire? J'bois pas. Pfff! Si vous pensez que ça m'énarve! À force de manquer de toute, je suis rendu d'même: calme, discipliné et efficace; et si quelqu'un, pour m'écoeurer, me dit: "Hey Brune, ce serait le fun de boire une petite bière frette en écoutant la Coupe du Monde, hein?", je prends une grande inspiration, et j'y sacre ma main dans face.
À part cette "broutille" insignifiante (et mille autres patentes dont je vous parlerai avant longtemps), au Yémen, curieusement, je me sens... ultra léger. Cabotin. Encore plus insignifiant qu'à l'habitude (ah...vous avez remarqué?). Difficile de vous expliquer précisément pourquoi, mais, le Yémen, il me fait sourire. Un gros sourire. Hi hi hi. Dans mon coin, tout seul. Hi hi hi. Mais n'allez pas croire que je ne me paye la tête de ce rude pays, nenni: je souris comme on rit quand ça n'est pas du tout supposé être comique, mais que le croque-mort cabochon a de la sauce à spaghetti sur le menton.
Un peu gauche, le Yémen? Peut-être.
Quand, en arrivant à la frontière, on subit un interrogatoire serré comme les collants du chanteur de Queen, les soirs que son paquet faisait s'évanouir les trois rangées d'en avant, on sait que c'est du sérieux; mais on ne peut s'empêcher de trouver ça un peu "gros" dans les circonstances. Et quand on découvre l'arsenal du Yémenien moyen, on saisit vite qu'il ne veut pas qu'on le trouve drôle, son pays: je n'ai personnellement jamais vu autant d'armes à feu, le samedi matin, à l'épicerie... Je ne sais pas de qui ou de quoi ils ont peur, mais en plus du jambiah, le long couteau rituel incurvé qu'ils portent à la ceinture (symbole culturel du Yémen du nord), nombreux sont ceux qui ont, sur la hanche, un pistolet de cow-boy, et sur l'épaule, une AK-47 ou une Kalachnikov.
"Qu'est-ce que ça va être pour toi aujourd'hui, mon Ibrahim?"
"J'vas en prendre une demi-livre de ton simili-poulet, Monique, et trois roquettes sol-air."
"Pas de problèmes, mon Ibrahim...As-tu écouté les nouvelles à matin? Ça a l'air qu'il va peut-être mouiller c't'après-midi!"
"Es-tu sérieuse?"
"Ouain, y l'ont annoncé à radio tantôt...Porbabilité d'orage."
"Probabilité."
"C'est ça j'ai dit."
"Entoucas. Donne-moi donc quatre roquettes dans ce cas-là, ma belle Monique. Pis deux grenades... Ah, pis avant que j'oublie, une pinte de lait Nono. Sinon, ma femme va me tuer!"
L'homme sort du magasin, amanché comme Rambo avec un petit sac brun, il ajuste la ceinture sur sa jupe et il rentre à la maison en marchant main dans la main avec son voisin, un soldat en uniforme! Voyez le sourire? Singulière image, n'est-ce pas? Et tout ce qu'il y a de plus véridique. C'est aussi vrai qu'ils ont du lait Nono et des téléviseurs de marque Vidéocon, du dentifrice au chocolat et plein de mots qui finissent en "oune". Par exemple, toutes les "dizaines" sont des "dizounes". Or, quand je demande combien ça coûte, et qu'on me répond "tamanoune" (80), moi, vieux bébé lala, je ne m'habitue pas.
Ça va venir, j'espère.
En attendant, passez une mosus de belle veillée de la Saint-Jean, et débouchez-en donc une à ma santé, ça me ferait tellement plaisir...
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